Tunisie, ceux qui font la révolution :

Association Araâfa For Tunisian Women Empowerment (1)

Et voici ma dernière découverte parmi ceux qui font la révolution tunisienne au quotidien sans attendre les politiciens qui s’en gargarisent, amis lecteurs ! Elle s’appelle Raâfa Ayadi et croit en la capacité du citoyen engagé à être maître de son destin et à dessiner son avenir. Mais, féministe militante, elle croit aussi que la femme et l’éducation sont l’avenir de sa chère Tunisie. Vous-vous souvenez peut-être de ces autres vrais révolutionnaires dont j’ai cité l’engagement et l’action dans trois de mes précédents articles. J’y rendais justice au jeune acteur et régisseur Bilel Aloui, au danseur de rap et maître de danse Ridha Rzig, à Ahmed Ayari et son GAM, à l’Université populaire Mohamed Ali El Hammi, à l’association Voix de La Manouba et à l’association « On a été embêté pour vous », fondée par Neziha Gouider, qui en est aussi la présidente. C’est d’ailleurs grâce à cette dernière que j’ai connu l’Association Araâfa For Tunisian Women Empowerment, fondée et dirigée par cette personnalité aussi atypique que polyvalente qu’est Raâfa Ayadi.

Née en 1980 à Tripoli, fille unique de parents enseignants, Raâfa Ayadi fait sa scolarité à Tunis. Bac lettres en 1996, puis maîtrise en langue et littérature anglaises doublée d’un master en linguistique anglaise appliquée, elle devient professeur d’anglais à l’école secondaire puis à l’université. Également traductrice-interprète, elle fait aussi un peu de télé, de radio, de cinéma et de mannequinat. Militante pleinement active dans la société civile depuis 2011, elle fonde en mars 2012 l’« Araâfa for Tunisian Women Empowerment », une ONG à but non-lucratif qui oeuvre autour de deux axes majeurs : la femme et l’éducation. Cela n’a cependant rien d’exclusif. Elle et son association interviennent dans la solution de toute sorte de problèmes humains et le soulagement de bien de drames. Le dernier exemple d’envergure dont je sois informé, c’est son intervention en août dernier en faveur des sinistrés des incendies de l’été, où elle et l’Araâfa ont collaboré avec l’OAEEPV de Neziha Gouider, dont ce n’était pas non plus le but premier. (2) Mais je préfère laisser à présent la parole à Raâfa Ayadi elle-même, qui peut bien mieux que moi vous présenter l’association qu’elle a fondée (3).

« La femme étant la colonne vertébrale de la société tunisienne, sa promotion sociale et économique est indispensable au développement de la Tunisie. L’inégalité des genres et dans l’accès à l’éducation, au travail et à la vie publique constituent autant de défis pour les femmes, rurales en particulier, qui contribuent généreusement à l’économie et constituent une importante proportion de la main-d’oeuvre agricole. Si on leur donne les mêmes ressources qu’aux hommes, elles peuvent faire bien plus. L’autonomisation des femmes rurales est cruciale si nous voulons mettre un terme à la pauvreté. En refusant d’accorder aux femmes des droits et des opportunités, nous privons leurs enfants et la société en général d’un avenir meilleur. Araâfa s’engage par ailleurs à lutter contre l’abandon scolaire, un phénomène post-« printemps arabe » complètement étranger à notre société, qui s’est toujours démarquée en Afrique et dans le monde arabe par l’éducation et la protection des droits de l’enfance. À cet effet, Araâfa a assuré la rentrée scolaire à 20 écoles rurales défavorisées jusqu’à ce jour, et projette d’y créer des espaces culturels avec des conteneurs (school container) dans certaines écoles. Ces espaces culturels comprendront un réfectoire, une bibliothèque, une médiathèque et une salle de projection. Araâfa organise des sorties culturelles et divertissantes à ces écoliers des régions les plus reculées de la Tunisie.

En outre, Araâfa organise 4 actions ponctuelles : le couffin de ramadan, les vêtements neufs de l’Aïd, Dafini (action humanitaire : couvertures, vêtements chauds, matelas, etc., en faveur de nos concitoyens dans le Nord-Ouest)... Solidarité, devoir, citoyenneté » étant notre devise, nous ne pouvons rester indifférents face à l’injustice sociale ou de la nature, ainsi qu’à la détresse de nos concitoyens, due en l’occurrence aux incendies successifs dans la région du Nord Ouest de la Tunisie. Aussi, Araâfa a pris l’initiative, en collaboration avec le groupe citoyen par excellence en Tunisie “On a été embêtés pour vous” (4), d’envoyer vivres, médicaments, matelas, vêtements et produits hygiéniques aux sinistrés ».

Quant à savoir ce qui motive profondément Raâfa Ayadi et ses coopérants, rendons-lui une fois de plus la parole. « Nous vivons », m’écrit-elle, « dans une société où les gens oublient qu’ils sont des citoyens et qu’ils ont le pouvoir de contribuer à l’élaboration de la société et à son évolution. Araâfa est en soi une manière de rappeler aux Tunisiens le rôle majeur de la participation de tout un chacun à la vie sociale ; c’est son devoir, mais surtout son pouvoir de changer le cours des choses. Toute démission ne peut être que néfaste, voire dévastatrice pour l’avenir de la Tunisie. Les actions associatives de la société civile (post)révolutionnaire n’ont pas seulement lieu pour défendre les droits de l’homme et les libertés, comme autant de cerbères de la transition démocratique, mais surtout pour réveiller la conscience citoyenne, élément clé de toute société saine ».

Et, pour conclure, Raâfa Ayadi affirme être persuadée que l’Araâfa Foundation contribuera à mettre en lumière la femme tunisienne, l’aidera à s’accomplir et à s’affirmer dans la société, oeuvrera à éradiquer l’analphabétisme et à vulgariser l’art et la culture. Grande organisatrice, Raâfa Ayadi ne se contente pas d’une suite de bonnes actions, mais agit en authentique capitaine, en stratège. Pour s’en rendre compte, il suffit de lire cet extrait d’un article que le magazine Réalités lui a consacré dans un numéro de décembre dernier. « ... Raâfa Ayadi a (...) affirmé qu’une convention a été signée avec le ministère de l’Éducation en 2015. Dans ce cadre, l’association va prendre en charge 20 écoles, pour les équiper de réfectoires, de bibliothèques, de médiathèques et de salles de projection. Les établissements en question sont situés à Jendouba, Siliana, Béja, Kasserine et Zaghouane. « Il est inadmissible, aujourd’hui, que l’enfant grandisse au sein de l’établissement scolaire sans aucun contact, quel qu’il soit, avec le livre. Ce même livre, qui est le premier rempart contre l’obscurantisme », s’est indignée Raâfa Ayadi. ».

Giulio-Enrico Pisani

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1) Association et fondation Araâfa pour l’autonomisation des femmes

2) Exemple d’appel pour ce 3e camion : « Association Araâfa For Women Empowerment & le groupe Citoyen OAEEPV sont en train de préparer le troisième camion d’aide vers les régions sinistrées. Ce troisième camion est destiné aux victimes de Sejnene et emportera surtout eau, vivres et médicaments. L’eau est déjà collectée, les médicaments déjà commandés ; participez en suggérant des donateurs de matelas, produits d’hygiène corporelle ou autres. Des femmes, des enfants, des hommes, des Tunisiens manquent de TOUT ce soir. Soyons solidaires pour eux.- #LeNordEnFeu - #lesEmbetesSolidaires »

3) Je reproduirai fidèlement ses paroles, ne me permettant que ci ou là de légères réductions et d’insignifiantes modifications rédactionnelles

4) Groupe (déjà cité plus haut) pour la nouvelle culture citoyenne créé sur Face book appelant les responsables à appliquer les lois, veiller à leur application, et les citoyens à les respecter, à travers des campagnes, des actions, des pétitions.

jeudi 14 septembre 2017