«Peinture» au Konschthaus beim Engel

Ma dernière visite au Konschthaus beim Engel, n° 1, rue de la Loge (1), remonte à un peu plus de trois ans, lorsque j’allai y visiter, puis présentai dans nos colonnes, les «Interprétations sauvages» de Jean F.... Il y a trop longtemps! Elle commençait à me manquer, cette galerie. Ce samedi 9 juin, je me réjouissais donc de pouvoir y aller voir l’Expo «Peinture», ouverte deux jours avant dans le cadre de la Saison II de la série «Intro», beim Engel avec les artistes Chiara Dahlem, Frank Daubenfeld, Sandra Lieners, Alvaro Marzan Diaz, Sarah Schleich et Arny Schmit. Et quel titre plus original trouver pour une exposition de peinture que «Peinture»? Souriez! Heureusement que ces six peintres font preuve de nettement plus d’imagination dans leur travail! Cependant, petite déception! Excepté pour ce qui est de leur imagination, dont tous les six débordent avec une exubérance rare, mais aussi excepté les travaux de deux d’entre eux qui atteignent l’excellence, l’exposition n’a, selon mon ressenti personnel, rien de renversant, mais s’épanouit – disons – dans le registre d’un certain dilettantisme. Il ne m’est, bien sûr, guère possible de présenter dans le cadre de ce bref article chacun des participants et encore moins son travail de manière détaillée comme je le fais dans mes présentations individuelles, à l’occasion desquelles je peux me documenter longuement sur l’artiste en question. J’espère que vous voudrez bien vous contenter des quelques indications succinctes qui suivent.

Je commencerai donc par celle que je considère comme la meilleure peintre abstraite de l’expo. Et si je n’hésite pas à la qualifier ainsi, c’est que surtout dans ses grands formats abstraits que Sandra Lieners développe avec maestria et une incroyable légèreté tout son talent. J’oublie quelques cocasses tableautins kitch pailletés d’argent. Née au Luxembourg en1990, elle y expose régulièrement, mais aussi depuis 2012, en Autriche et en Italie, où elle a étudié à l’université des arts appliqués de Vienne et à l’Académie des beaux-arts de Florence. Diplômée ès arts visuels, elle retourne au Luxembourg, où ses oeuvres viennent à faire partie de diverses collections publiques et privées. En 2017, elle se voit sélectionnée pour la résidence d’artiste «Peinture et médias mixtes» au SVA à New York, où elle vit et travaille brièvement (2) avant de rentrer au pays.

Quant a Chiara Dahlem, artiste polyvalente par excellence – dessin, art mural, installation, art conceptuel, peinture et j’en passe – elle est particulièrement difficile à situer, et ce d’autant plus qu’elle est d’un secret digne d’une mystery story sur son parcours. Forcé de renoncer à la placer dans le cadre plus large de son oeuvre générale, je me limiterai donc à constater que le symbolisme pop kitsch teinté d’expressionnisme de ce qu’elle expose ici ne m’a guère enchanté, sinon par l’imagination et une exceptionnelle maîtrise des couleurs.

Et cette maîtrise, on la retrouve aussi chez Sarah Schleich, qui, est née en 1982 au Luxembourg, commence à suivre en 2001 les cours des professeurs Rissa et Tal à l’Académie des Beaux-arts de Düsseldorf.  Elle obtient sa maîtrise en 2006, réussit son premier examen d’état en 2007 et reçoit sa lettre académique en 2009 (3). Sarah Schleich apporte à sises créations beaucoup de fantaisie, un grand amour du détail et une finesse d’exécution qui s’épanouit, du moins dans cette exposition, en un pseudo-mysticisme primo-adolescent et un surréalisme romantique qui en charmera certains.

Né à Madrid en 1980, Alvaro Marzan Diaz est architecte avant de se diplômer ès Beaux-arts à l’«Universidad Complutense de Madrid» en 2013. Il complète ses études aux Universités des Beaux-arts à Athènes et Barcelone en se perfectionnant en peinture, dont il analysera les fondements traditionnels, surtout dans l’aquarelle, l’huile, l’encre, le crayon et le charbon (4). Il nous confie: «J’use de la peinture comme d’un vecteur d’émotions. J’en use comme d’un medium pour exprimer les forces de l’inconscient et de l’instinct, afin d’en construire des scènes, images ou objets qui se réfèrent à un monde immatériel de situations symboliques» (5). Cela est aussi le cas chez tous les grands peintres de la Renaissance et du Romantisme, mais il m’est difficile d’imaginer les émotions et les forces de l’inconscient et de l’instinct d’Alvaro Marzan sous la forme des ectoplasmes flous qu’il nous présente dans cette exposition.

Pour ce qui est de l’art de Frank Daubenfeld, né en 1994 à Luxembourg, il ne saurait s’inscrire, comme il le précise lui-même et en dépit d’une certaine proximité avec les «Nouveaux Fauves» (6), dans un quelconque genre ou mouvement contemporain. Reste que nombre de ses travaux contiennent des éléments violents et anarchistes intéressants. Mais exprimés en général dans un pop des plus simplistes, ils ne provoquent guère mon adhésion enthousiaste. J’entends bien «mon» adhésion, car, pour ce qui est de la vôtre, du visiteur amateur, rappelons que, tout comme chez Dahlem, Schleich et Marsan, «des coûts et des couleurs on ne discute pas». Reste que Daubenfeld nous présente, au milieu de son fatras, une perle, un véritable petit chef-d’oeuvre intitulé, comme il se doit (nouveau sourire!), «Sans titre», ce qui permet au spectateur de lui attribuer bon nombre de significations.

Autodidacte, né en 1959 à Wiltz et vivant aujourd’hui à Strassen, Arny Schmit est déjà l’auteur de bien de réalisations, dont une Sérigraphie pour le Ministère d’Etat, Service des Médias et de l’Audiovisuel, de calendriers au profit de l’ONG «Eng offen Hand fir de Malawi»,d’une collection RTL Tasses Capuccino, de sérigraphies pour IPL, de cartes de voeux pour la Sécurité Routière, de couvertures d’ouvrages de Georges Ravarani, de tableaux pour le film «Disparue en hiver» avec Kad Merad, ainsi que pour le film «Le Tout Nouveau Testament» de Jaco van Dormael avec Benoît Poelvoorde et Catherine Deneuve. Entremêlant en virtuose dessin, photo, peinture et autres media dans d’impressionnantes fééries romantico-dramatiques flirtant ci et là avec l’érotisme et/ou avec le tragique, Arny Schmit offre avec les tableaux qu’il expose un spectacle époustouflant.

Et voilà, amis lecteurs, à votre tour maintenant ! Car, tout comme disait Pablo Picasso, «Un tableau ne vit que par celui qui le regarde» !

Giulio-Enrico Pisani

*** 1) Galerie Konschthaus beim Engel, 1 rue de la Loge, Luxembourg. Entrée vis-à-vis du Musée national d’histoire et d’art, Marché aux poissons. Ouvert tous les jours, sauf lundi, de 10h30 à 12h et de 13h à 18h30. Expo jusqu’au 29 juillet.

2) www.artworkcircle.lu/sandra-lieners/

3) www.artworkcircle.lu/sarah-schleich/

4) Extrait de bio traduits de l’espagnol du site https://flecha.es/obras-de-alvaro-marzan

5) Extrait librement traduit de l’anglais de la présentation de la galerie.

6) «Neue Wilde» ou «Neue Heftige», groupe d’artistes qui, au début des années 1980, en Allemagne et en Autriche, ont développé une peinture violente, insouciante et hédoniste (Wikipedia).

Sandra Lieners : Diverses huiles

Freitag 15. Juni 2018