Giovanni Gastel et ses « Divine Ladies »

Voilà en tout cas un titre d’exposition qui n’a guère besoin d’être traduit, ni d’ailleurs expliqué. C’est lui plutôt qui explique d’entrée ce que vous allez découvrir en franchissant la porte de l’espace « 2 », rue du St-Esprit, de la Galerie Clairefontaine(1) : tout un univers complètement et exclusivement dédié à la femme. Cependant, au-delà ou en même temps que cette découverte, j’eus pour ma part une plus qu’agréable surprise que je me ferai un plaisir de vous dévoiler, afin que vous n’hésitiez pas, comme je le fis, moi, à visiter cette merveilleuse collection d’une quarantaine de photographies s’échelonnant sur trente-trois années de création. L’heureuse décision que je pris il y a une semaine, de ne pas vous présenter cette expo photographique en même temps que la peinture de Markus Fräger dans l’espace « 1 » de la galerie ! Là, c’eût été le grand coq-à-l’âne culturel, la confusion garantie, car nous naviguons aujourd’hui dans de tout autres eaux. Ah oui, je disais surprise. Parlons-en !

Ce qui me surprit très agréablement, ce furent la chaleur, le charme, la profonde humanité toute vibrante d’un érotisme doux, plein de retenue, des premiers grands formats qui m’apparurent, à gauche, en entrant. En fait, divinement et sensuellement « soft », pour user du langage « fashion » (moi, j’eus dit « mode ») du top-photographe Giovanni Gastel. Déjà dans sa première photo, « Amica, Maud », elle, Maud, a l’air de vous lancer le genre de regard implorant le pardon de ses fautes, ou à celui qui saurait les partager.

Vous comprendrez, dès lors, qu’ayant déjà visionné sur Internet des centaines de ses photos publicitaires et de mode d’une grande qualité et esthétique, mais froides, impeccables, léchées, impersonnelles, j’ai été assez époustouflé par l’émotion ressentie. Et j’étais encore en train de digérer mon étonnement, que Marita Ruiter, la charmante galeriste, accourait déjà et, s’esclaffant devant mon air ébahi, me fit remarquer ce que je vous ai déjà annoncé plus haut, c’est que les oeuvres exposées étaient loin de se limiter aux dernières, mais s’échelonnaient sur quasiment toute une carrière. Aussi m’apparut-il peu à peu, qu’elles caressaient toute une galaxie intemporelle de beauté et de charme féminins.

Je réalisai alors et plus encore en m’enfonçant dans cet univers magique qui remontait jusqu’aux années quatre-vingt, que Gastel artiste ne s’est jamais limité à Glamour, Elle, Style, Amica, Vanity Fair, Style, Max, ou à des pubs pour Yamamay, Versace, Fratelli Rossetti, Triumph, ou autres Coca-cola. Certes, il est tout cela, mais ce qui compte au fond, il le confirma à Alberto Corrado du The Ducker Lifestyle Magazine, qui lui demandait « ... si sa règle était vraiment “back to the future” ? » en lui répondant : « ... passé et présent s’imbriquent dans ces mots. Comme deux autres éléments qui me sont chers : beauté et harmonie. La recherche de la beauté s’emmêle souvent avec la nécessité d’harmonie... »(2). Et, croyez-moi, de l’harmonie, Gastel en a à revendre, mais aussi des tensions, des caractères, de la psychologie, parfois du drame, plus rarement de la satire, voire de la caricature, souvent de l’ironie et de l’humour, du persiflage même, ailleurs de la tendresse, une infinie douceur...

Nous apprenons sur le site « L’Italie à Paris »(3), que Giovanni Gastel est né à Milan le 27 Décembre 1955, de Giuseppe Gastel et Ida Visconti di Modrone, soeur du cinéaste Luchino Visconti, qui initie le petit Gastel aux arts (...) premier contact avec la photographie (...) dans les années 1970 (...) Le tournant a lieu en 1981 (...) Il commence alors à travailler pour des magazines célèbres tels que Annabella, Vogue Italia, Mondo Uomo et Donna et quelques autres prestigieux magazines de mode à l’étranger (...) En 1997, c’est la consécration lorsque la Triennale de Milan lui consacre une exposition personnelle (...) 200 photographies, preuve de sa longue et prolifique carrière. (...) Certains des plus grands mannequins, tels Monica Belluci, Naomi Campbell ou Linda Evangelista, posent pour cet artiste au regard sensible et unique. En 2002, « La Kore Oscar della Moda » lui remet un Oscar pour l’ensemble de son travail (...) Il est président honoraire de l’Associazione Fotografi Italiani Professionisti et membre permanent du Polaroid Museum de Chicago. » Et la Galerie Clairefontaine d’ajouter dans son invitation qu’après 40 années consacrées à la recherche photographique il a été honoré par une importante rétrospective organisée en 2016 par le célèbre critique d’art Germano Celant(4) au Palazzo della Ragione à Milan.

Mais revenons donc à notre exposition, que la galerie qualifie à juste titre d’hymne à la féminité, au style, à l’élégance, ainsi qu’à un monde fait de subtile séduction, sensibilité et fragilité (souvent) cachée, les principales sources d’inspiration de Giovanni Gastel. Vous y trouverez certes aussi de ces clichés esthétiques, impeccables, léchés, mais froids, impersonnels, dont je parlais plus haut. Je pense, par exemple, à « Untitled, Roma » dont la ravissante modèle dut mettre le haut de sa colonne vertébrale et son coccyx peu enveloppés à rude épreuve pour une séance de pose que j’espère pour elle ne pas avoir été trop longue. C’est tout le contraire de la langoureuse et sensuelle « Amica, Maud » et de l’ange déchu dans « Angeli caduti # 21 » qui, tout en expiant, face au mur, appelle à une consolation active. Deux merveilles de finesse et d’érotisme ! Quant à « Vanity Fair 01, Alexia-Graham », cette dernière rayonne d’un sommeil, où le sublime carné de son visage et de ses bras, vous invite depuis une débauche de vapeur violette grêlée de feuillage vert, à tout imaginer. Ainsi de suite, amis lecteurs, car ici s’arrête ma présentation et peuvent commencer vos découvertes !

Giulio-Enrico Pisani

* * *

1) Galerie Clairefontaine, Espace 2 : 21, rue du St-Esprit, Luxembourg ville. Ouvert mardi à vendredi de 14h30 à 18h30 et samedi de 10 à 12 et de 14 à 17h. Les oeuvres de Giovanni Gastel peuvent être vues jusqu’au 3 mars.

2) Extrait traduit librement de l’article/interview en italien d’Alberto Corrado dans The Ducker : https://www.theducker.com/i-migliori-personaggi-di-sempre/giovanni-gastel-intervista-2/

3) Extraits de https://www.­italieaparis.net/actualite/news/donna-giovanni-gastel-15362/

4) Célèbre notamment pour être à l’origine de l’expression « Arte Povera » (Wikipedia)

vendredi 2 février 2018