De Péckvillchen an de Vull(1) Oscar

Surprise ! Et elle fut de taille, lorsque je reçus, il y a une quinzaine de jours, par courriel, un message non signé de ma descendance – sans doute le plus jeune de mes deux petits-fils (4 ans), via ma belle-fille, via le mobile de mon fils – accompagné (on n’arrête pas le progrès, même si parfois il me dépasse) d’une invitation à un vernissage. À première vue, cette annexe n’était qu’un carton (virtuel) d’invitation, comme j’en reçois régulièrement de galeries, de musées, ou d’artistes eux-mêmes. Rien d’extraordinaire en soi!

Mais cette fois, il provenait du CAPEL. Et ce billet m’invitait à me rendre «sans faute»(2) ce mardi 22 mars à 17 h. dans l’une des deux galeries d’art de la ville qui mérite au plein sens sémantique et philologique du mot le nom de galerie au sens propre comme figuré du terme. Évidemment, puisqu’elle est installée dans le tunnel qui mène du Grund(3) (côté Neumünster) au lift qui monte vers la ville-haute (plateau du St-esprit).

Cependant, avant de poursuivre sur ma lancée, amis lecteurs, je vous cite ce que nous annonce le CAPEL(4) au sujet de cette exposition. Voilà: «Le projet se base sur le patrimoine immatériel nommé Emaischen, qui est une fête populaire célébrée chaque lundi de Pâques dans le village de Nospelt, ainsi que sur la place du Marché-aux-Poissons à Luxembourg-ville. Les sifflets en terre cuite en forme de petits oiseaux et connus sous le nom Péckvillecher sont une particularité de la fête. Traditionnellement, ils ont été échangés entre amants. Les oeuvres exposées ont été réalisées par deux classes de l’éducation précoce de l’école fondamentale Charles IV de la Ville de Luxembourg, à savoir les classes de Lynn Lagodny / Sophie Doisy / Véronique Berger / Emmanuelle Herr / Sheila Petesch / Conny Detaille. Au cours de l’année scolaire 2017-2018 les enfants ont traité le thème de l’oiseau sous toutes ces formes. Ils ont abordé deux volets différents: d’un côté la tradition luxembourgeoise et la création du «Péckvillchen» avec le potier Usch Biver et une chanson et d’un autre côté, avec l’aide et l’accompagnement de Jacques Schneider, le voyage extraordinaire de l’oiseau Oscar, qui s’envole de l’école de Belair pour découvrir la ville de Luxembourg.»

La grande soirée arrivée – en fait tard dans l’après-midi – je traversai le parc de Luxembourg, puis la zone sinistrée du quartier Hamilius, longeai la Petrusse jusqu’à la cité judiciaire et plongeai dans les entrailles du St-Esprit vers le Grund via un lift surmené qui battit surement ce 22 mars le record absolu de navettes. Transportant une petite foule d’artistes en herbe, ainsi que deux à trois fois autant de parents, grands-parents, éducateurs, animateurs et autres adultes vers le fameux tunnel dont je parlais plus haut, il me projeta à mon tour dans un charmant tohu-bohu dépassant en décibels n’importe quelle de mes expériences de vernissages. Boucan de cour de recré, mais coincé dans quelques m3 et amplifié par le rocher enserrant le boyau souterrain, qui ne m’empêcha par ailleurs nullement de poser un regard admiratif sur la riche floraison d’exordes artistiques éclos parmi notre toute prime jeunesse, accrochés aux cimaises de la sonore galerie-tunnel!

Ces grands tableaux, exposés tout le long de cet original cadre d’exposition situé au plus profond du coeur de la vieille ville, ont été en effet peints par nos bouts de chou sur autant d’agrandissements photographiques qui en représentent des vues significatives. Autant dire que les gosses s’en sont donnés à coeur joie. Certes, leurs réalisations n’ont rien d’académique au sens conventionnel du terme, mais elles rayonnent de joie créative et les Oscars qui s’y ébattent à côté d’autres fantaisies ne craignent guère la comparaison avec bon nombre de tableaux d’artistes collagistes contemporains pouvant même être côtés Christie’s. Avis à ces messieurs dames du MUDAM!

Et voici, en attendant, l’illustration du «Péckvillchen» par les voix des petits peintres devenus un moment chanteurs en cette occasion de leur premier vernissage:

«Ech sinn e klenge Péckvillchen

an piipsen duerch d’ganzt Land.

Ech man de Schniewel op an zou,

mäin Toun ass iech bekannt:

Piip piip, piip piip, piip piip,

piip, piip piip, piip piip, piip...»

Ainsi que deux extraits de la chanson du «Vull Oscar»:

«...Wann ech vum fléie midd sinn,

da ginn ech an mäi Nascht.

Leen de Kapp an d’Fiederen,

an halen eng kleng Rascht (...)

Ech sinn de Star, de Vull Oscar.

Ech dréine vill am Wand,

Sinn iwwerall bekannt!»

Vous ne pouvez bien sûr plus l’entendre, cette adorable chorale. Cependant, ainsi que je l’ai déjà écrit à maintes reprises, le monde des arts forme un tout, où ils se fondent et se confondent. Aussi ne pouvez-vous pas manquer l’entendre en imagination et peut-être même en chantonner les notes in petto, si vous passez au cours des prochaines semaines(5) par le tunnel, pour vous rendre du Grund au plateau du St-Esprit ou vice-versa, en voyant Oscar pépiant et voletant sous toutes les formes au-dessus de la ville de Luxembourg.

Giulio-Enrico Pisani

* * *

1) Vull = oiseau

2) Locution adverbiale qui m’a été suggérée par ma conscience grand-paternelle.

3) Ne pas confondre avec la Galerie d’Art Contemporain «Am Tunnel» de la Banque et Caisse Epargne de l’Etat, rue Ste-Zithe / place des Martyrs.

4) Centre d’Animation Pédagogique et de Loisirs: www.capel.lu

5) L’exposition est prévue durer jusque mi-juin.

Dienstag 27. März 2018