Palestine – Israël :

Colonies, un embryon de solution ?

Échec évident de la mascarade de paix du médiateur états-unien face à l’obtusion israélienne et à l’actuel manque d’imagination palestinien ! C’est déjà assez incroyable face à l’importance de l’enjeu. Étonnamment, personne n’a l’air de s’en étonner, ni d’y attacher plus d’importance que ça. La grande et la petite édition, la presse et la blogosphère, avec leurs beaux esprits, donneurs de leçons, dispensateurs de solutions toutes faites et langues de bois politiques d’ordinaire si prolixes, se taisent. Tout bloque autour des colonies, qui ne devraient pourtant pas poser de problème majeur. Mais rien ! Seul les extrémistes des deux bords continuent à s’invectiver et à déblatérer en prêchant l’extinction des uns et le triomphe des autres ou vice-versa. Et pendant que quelques stars du corps de ballet présidentiel et diplomatique international déplacent beaucoup d’air, distribuent de l’oxyde carbonique en voyages aériens et ruinent leurs finances pour des prunes, un peuple souffre l’enfer et un autre danse sur un volcan.

Les nombreuses décisions onusiennes, à commencer par la 181 et la 194 (1), conventions de Genève, accords de Camp David, Oslo I + II et autres Le Caire, n’ont abouti ni à la paix, ni à la coexistence, mais à un certain nombre de constantes. Ces constantes sont, 1°, la dégradation tragique des rapports israélo-palestiniens, 2° la dégradation de l’économie, de la sécurité et des perspectives d’avenir des Israéliens, 3° la paupérisation dramatique, ainsi que la détérioration des conditions économiques, politiques, culturelles et sanitaires des Palestiniens. Cette précarisation (non seulement matérielle), tout comme l’absence de perspectives, l’humiliation quotidienne et le sentiment d’être abandonné de tous, que subit le peuple palestinien, ne peuvent bien entendu qu’alimenter sa radicalisation.

Et je ne parle même pas de Gaza, véritable camp de concentration à ciel ouvert, où les conditions économiques, sociales, culturelles, alimentaires et sanitaires sont une honte et un scandale dont les gouvernements d’Israël, du Hamas et de tous les poids lourds de l’ONU sont responsables. Même en Cisjordanie, où la population essaie plus mal que bien de vivre dans des conditions ubuesques, la radicalisation progresse et le point de non-retour sera bientôt atteint. Car si la situation n’y est pas encore aussi dé-sastreuse qu’au KZ de Gaza, les colonies de peuplement illégales rongent le pays comme un cancer.

Voici ce qu’en dit Matteo Benatti, chef de la sous-délégation à Hébron du CICR, le Comité International de la Croix-Rouge, qui ne peut certes pas être accusé de partialité en faveur de la Palestine. (2) Obligé de composer avec l’occupant, le CICR n’ose en effet pas trop contester ses diktats, et Benatti affirme même, diplomate : « ... je dirais qu’en général, nous entretenons de bonnes relations de travail avec les autorités israéliennes locales » : Autorités ? Il aurait pu au moins ajouter le terme « d’occupation ». Bah, à quoi bon ergoter. Son constat est suffisamment accablant :

« ... Certaines routes sont fermées aux Palestiniens, qui ne sont pas autorisés à se rendre chez eux en voiture (...) Pour s’approvisionner en nourriture, par exemple, des centaines de familles palestiniennes doivent franchir des points de contrôle, où elles subissent fréquemment des actes d’intimidation de la part des colons. Les femmes sont tout particulièrement vulnérables à cette forme de harcèlement (...) En raison des fermetures de routes, des personnes âgées se voient obligées de porter des sacs remplis de provisions sur de très longues distances. Il arrive aussi que des ambulances emmenant en urgence des patients palestiniens vers des hôpitaux soient longuement retenues aux « checkpoints ». Les familles sont ainsi parfois obligées de transporter leurs proches malades sur des civières, ou d’avoir recours à des ânes, pour les amener jusqu’à un endroit où les attend une ambulance… »

Tout cela, on l’a déjà lu et entendu, et c’est en soi déjà suffisamment dramatique. Mais il y a pire. Et Benatti ajoute que : « ...Les restrictions de mouvement et la violence des colons sont quasiment venues à bout de la vie économique de la vieille ville (d’Hébron). Certains commerçants ont même reçu l‘ordre de l’armée de fermer boutique. D’autres ont perdu leurs clients, car les Palestiniens redoutent de s’approcher de trop près des colonies juives. La pauvreté est galopante. Selon une étude menée par le CICR l’été dernier auprès des foyers habitant la zone soumise aux restrictions, 86% des familles vivent dans des conditions de pauvreté (...) La plupart des Palestiniens habitant la vieille ville ont dû installer des treillis de protection devant leurs fenêtres, qu’ils maintiennent fermées en permanence, pour éviter les jets de pierres, de légumes pourris ou encore d’urine.

Pour les enfants, le seul fait de se rendre à l’école peut être une aventure traumatisante compte tenu des menaces que leur adressent les colons ou des pierres qu’ils leur jettent. (...) Nous recevons régulièrement des appels téléphoniques au milieu de la nuit de familles palestiniennes agressées par des colons ou attendant désespérément une ambulance retenue à un point de contrôle. (...) La zone de Masafer Yatta, la plus méridionale de la Cisjordanie, est un autre endroit où la violence des colons s’exprime de manière exacerbée. Cette région abrite des milliers de bergers et de Bédouins habitués à se déplacer librement pour faire paître leurs moutons et leurs chèvres. Or il n’est pas rare que des bergers occupés à surveiller leurs troupeaux, y compris des femmes et des enfants, soient agressés.

En outre, certains villages sont situés dans ce qui est aujourd’hui une zone d’entraînement militaire israélienne. Tout déplacement peut y être particulièrement dangereux (...) Il leur est toujours plus difficile de faire face. Il semblerait, par ailleurs, que nous nous acheminions vers une nouvelle sécheresse, cette année, ce qui risque d’aggraver encore davantage la situation des nombreuses familles vivant dans les collines au sud d’Hébron, et qui souffrent déjà d‘une pénurie chronique d’eau. Les autorités israéliennes n’autorisant pas les Palestiniens à construire de nouvelles citernes pour recueillir l’eau de pluie... » Que dire de cette cruauté gratuite ? Mais passons, ne polémiquons pas pour l’heure et revenons à nos moutons : les colonies juives en Cisjordanie. Face à tant de bêtise et de mauvaise volonté, je me résous donc à proposer ce que messieurs Obama, Netanyahou, Abbas et leurs conseillers aussi nuls qu’eux eussent dû trouver tout seuls.

a) Reconnaissance par Israël à tous effets de l’État libre et indépendant de Palestine, évacuation de toute présence administrative, militaire ou policière israélienne de Cisjordanie et Gaza et remise de ces territoires aux autorités palestiniennes. Lesquelles autorités palestiniennes reconnaissent les droits des colons juifs en tant que résidents immigrés réguliers ayant les mêmes droits que les résidents palestiniens. (3)
b) À part la nationalité, l’exercice de la force publique et de la fonction publique, réservés aux ressortissants nationaux respectifs, il n’y aura dans les deux pays, Israël et Palestine, aucune différence de jure entre citoyens palestiniens et israéliens, donc aucun traitement préférentiel ou discriminatoire réservé aux uns ou aux autres par les deux états. Devront être garantis dans les deux états la liberté totale d’opinion, de croyance et de pratique religieuse, l’accès de tous les croyants à tous les sites religieux, ainsi que la liberté de presse, d’enseignement, d’apprentissage, de langue et, en général, d’expression.

c) L’application de ces accords pourrait être garantie, 1°, pour les infractions « mineures », par des tribunaux locaux internationaux de simple police, 2°, pour des infractions majeures, par des tribunaux locaux internationaux de 1ère instance ou par des cours d’assise internationales sises en Palestine et en Israël, 3°, pour les différends entre les autorités des deux nations, par une cour internationale sise en pays neutre. Tous les jugements seraient à faire respecter et appliquer, si nécessaire et seulement dans ce cas, à l’aide d’une force armée sous égide de l’ONU.

d) La Palestine et Israël doivent établir entre eux des relations diplomatiques chargées de veiller activement aux bonnes relations entre les deux pays, respectivement de défendre les intérêts de leurs ressortissants.

Bon, il va de soi que ma formulation est très lacunaire et qu’elle doit faire l’objet de mises au point et mises en forme juridiquement correctes par des spécialistes du droit international et coutumier local. Certains points de cette proposition devront donner lieu, ainsi que tous les points dont je ne parle pas ici, (4) de négociations bi- voire multipartites sous l’égide des grandes puissances (USA, Russie, Chine, UE, Union arabe) et de l’ONU, qui doivent en garantir solidairement l’application.

Quelle prétention, direz-vous, amis lecteurs ! Et pourquoi donc ? Pourquoi mes mots seraient-ils plus outrecuidants, naïfs, débiles ou à côté de la plaque, que ce qu’on lit quotidiennement dans la presse et sur Internet ? Pas d’accord ? Soit, n’en parlons plus. Mais si par hasard cette idée, pour saugrenue qu’elle puisse paraître, pouvait permettre aux responsables de cet énorme gâchis de se fendre d’un tout petit bout de réflexion supplémentaire, elle n’aurait pas été perdue.

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1) Sur les différentes résolutions onusiennes voir http://fr.wikipe dia.org/.../Plan_de_partage_de_la_Palestine

2) Interview complète (Cisjordanie : les colonies illégales mettent les Palestiniens à rude épreuve) à lire sub 10.06. 2009 sur http://icrc.org/web/.../palestine-interview-090609

3) Dans la mesure où les colons se comportent non comme occupants mais comme hôtes du peuple palestinien et du moment que cette résidence se fait dans le respect du droit, où est le problème ? La Palestine serait-il un des rares pays arabes des Proche- et Moyen-Orient à ne pas vouloir compter de minorité juive ? Il va cependant de soi que, sauf accord amiable, des poursuites pourront être intentées à l’encontre de colons qui auraient volé à des particuliers les terres qu’ils occupent. Quant aux terres d’état (palestinien), les colons doivent pouvoir les conserver moyennant acte d’achat immobilier en bonne et due forme et paiement à l’état palestinien d’un prix à convenir, l’état israélien pouvant, s’il le désire, payer à la place des colons.
4) Par exemple la délimitation précise des terres, la distribution des eaux (Jourdain, nappe phréatique de Gaza etc.), la démolition du mur, les dédommagements, le pontage Cisjordanie–Gaza, libération des prisonniers de guerre et politiques, etc., etc.

Giulio-Enrico Pisani

vendredi 2 octobre 2009