Corine Ko : jeunesse et féminité

Je t’ai apporté des bonbons


Une fois de plus, mon amour de l’art et le temps libre, que m’offre mon état de retraité, modeste compensation aux inconvénients de l’âge, m’entraîne à me promener à Luxembourg ville, où j’aime écumer les musées et les galeries d’art. Ceci étant dit, personne ne s’étonnera de me retrouver en ce glacial samedi de mi-janvier au 24, rue Beaumont, où est censé avoir lieu le vernissage d’une exposition de la talentueuse artiste peintre Corine Ko à la Galerie d’art Schortgen (1). Mais il va de soi que, de toute façon peu amateur de rassemblements plus ou moins mondains, j’y entrai saluer les charmantes dames qui préparaient la mini fiesta une bonne demie heure avant le début de la réception. Par ailleurs, deux autres non négligeables avantages de mon empressement étaient, primo, de me réchauffer et secundo, de pouvoir examiner et apprécier tout à mon aise les tableaux exposés, en prenant des notes, sans que ma main droite (ma gauche tient le carnet de notes) doive continuellement arbitrer entre Bic et Gales.

Autant vous l’annoncer tout de suite, amis lecteurs: je ne fus pas déçu. Et même si je trouve que les formats de certains tableaux, comme par exemple, «Alice», 50 x 100 cm, l’un des chefs-d’oeuvre exposés, eussent pu être plus grands, j’ai été d’emblée enchanté par l’harmonieuse délicatesse des scènes représentées. Idem pour ce qui est de la finesse de la touche et des teintes; finesse allant d’ailleurs de pair avec une véritable épaisseur, qui vient compenser une première impression d’éphémère dématérialisé. La femme y est pleinement à l’honneur. Et il m’apparut aussi, après un premier tour de salle, que la femme selon Corine Ko, plutôt formée, caressée et effleurée que peinte – ici pleine fleur, là jeune fille, ailleurs fillette, voire petite fille – même en étant l’unique sujet de cette exposition, ne peut qu’en séduire le visiteur. Tout en restant parfaitement intemporelle et peut-être aussi reflet de la perception par l’artiste de son propre être ou vouloir-être, le concert de féminité qu’elle présente n’hésite pas à flirter avec certains accords Belle Époque et à rappeler le style des Louise Abbema, Berthe Morisot ou même Gustav Klimt.

Aussi puis-je adhérer, du moins en partie, aux présentations de Saatchi Art et de Schortgen, selon qui la peinture de Corine Ko serait comme une invitation subtile et poétique au partage de ce qui nous rend humain. Elle ouvrirait des espaces de douce méditation, où l’on aimerait se promener, se reposer et rêver. L’artiste travaille au collage, ainsi qu’à l’encre et à la peinture acrylique très diluée, «pour la rapidité d’exécution et son parcours parfois accidentel». Et il est vrai que jamais la matière ne semble maîtrisée, enfermée dans une forme définitive. À la recherche de nouvelles sensations, Corine Ko expérimente depuis quelques temps un traitement plus en strates et en épaisseur. Les personnages (ici féminins), qui animent ses peintures de leur souffle si particulier, dégagent toujours cette grâce intemporelle (déjà notée plus haut) qui invite à mon avis, non pas comme dit ailleurs, à une pénétration, voire à une identification, mais plutôt à la sympathie, à la connivence et même à l’affection.

Certains tableaux sont, bien entendu, plus réussis que d’autres ou, du moins, me paraissent tels. Mais ces préférences liées à mes goûts personnels et même à mon humeur du moment, ne s’imposent à personne, et les vôtres seront sans doute bien différentes. Le champion toutes catégories est donc selon moi «Alice», dont je vous signalais déjà plus haut penser qu’elle gagnerait à occuper davantage l’espace. Peut-être pour mieux vous y attirer vers cette jeune fille qui se découpe dressée contre un ciel clair mais d’une blancheur pesante, debout sur un socle artificiel au milieu d’un chemin traversant les dunes dont le vent chargé de salinité marine décoiffe les crêtes parées d’oyat (2). Qu’attend-elle? Que scrute-t-elle? Que symbolisent le cerceau ultrafin qu’elle tient à la main et les déchets blancs falciformes qui moutonnent au sol à sa droite? Autant de mystères... Mais sont-ils vraiment essentiels? Leur valeur n’est-elle pas purement esthétique, ou bien?

Et comment ne pas sentir son coeur fondre devant cet autre joyau de peinture qu’est «Je t’ai apporté des bonbons», où une adorable petite fille s’apprête à offrir des sucreries à un échassier aux jambes grêles et ultra longues? Peint comme la plupart des autres oeuvres en teintes très douces aux nuances pastel d’une harmonie exquise, ce tableau renferme lui aussi des secrets qui ne s’ouvriront qu’à des regards éveillés à la tendresse. Parmi les autres tableaux je citerai encore «L’Escale» et sa charge de nostalgie du lointain, «Le Cadeau» et son élan quasi-mystique, «Quand reviendrez-vous?» et toute l’attente du monde, puis «Je connais ton secret» qui vous dévoilera peut-être le secret (justement) du cerceau filiforme que la jeune fille tient dans «Alice», mon premier tableau coup de coeur... Bon, je vais en rester là et vous abandonner le reste de la découverte...

Juste encore un mot sur la biographie de l’artiste. Originaire de la région parisienne, Corine KO vit et peint à Marseille depuis 1998. Après des études littéraires elle s’est orientée vers l’animation spécialisée, où elle a pu mêler deux de ses passions: le monde de l’enfance et la créativité. Elle crée de nombreux projets d’arts plastiques en collaboration avec des enseignants où dans des structures à caractère social. En 2002, en constatant les besoins très importants dans ce domaine, elle contribue à la naissance de l’association AUX ARTS ETC., ayant pour vocation l’animation à domicile d’ateliers créatifs destinés à des personnes (adultes ou enfants) malades ou handicapées. Elle a été soutenue dans ce projet par le Fond social européen. Son parcours de vie l’a amenée progressivement à se consacrer de plus en plus à la peinture. Elle travaille dans un atelier à Marseille où elle expose ses peintures et bijoux.

Giulio-Enrico Pisani

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1) Galerie Schortgen Artworks, 24, rue Beaumont, Luxembourg centre. Exposition mardi à samedi de 10,30 à 12,30 et de 13,30 à 18 h. jusqu’au 4 février

2) Herbe des dunes (Ammophila arenaria)

Freitag 20. Januar 2017