« Viva Cuba ! » hier et aujourd’hui… rue du St. Esprit

Voilà une belle manière de commencer 2017, ai-je pensé en souhaitant la bonne année à Marita Ruiter, ce samedi 21 janvier au rez-de-chaussée de l’espace 2 de sa galerie, cette belle Galerie Clairefontaine(1) que vous connaissez désormais si bien ! Aussi, quoique le vernissage de la double exposition « The cuban revolution » et « Cuba » ait déjà eu lieu deux jours plus tôt, l’ambiance était franchement festive. Ayant franchi la porte vitrée vers 15,30 h, heure où à près de 300 Km d’ici, au Théâtre Sébastopol de Lille, débutait le spectacle du fameux cirque Phénix : Cirka Cuba(2), j’y rencontrai tout un petit monde d’aficionados de l’île révolutionnaire. Moins animée qu’au Sébastopol, bien sûr, mais portée par un public aussi cosmopolite qu’intéressé, donc plus feutrée, l’ambiance Clairefontaine n’avait en soi rien de révolutionnaire, sauf...

Eh bien, sauf une impressionnante série de photos de la révolution cubaine exposées au rez-de-chaussée de la galerie, devant lesquelles s’extasiaient, nostalgiques, critiques ou rêveurs, mais toujours admiratifs, de nombreux visiteurs. Certes, je reconnus certaines photos désormais célèbres, mais fus également surpris par le grand nombre de mes découvertes. Cela me permit, non seulement d’enrichir mes très modestes connaissances de la révolution castriste, mais aussi de nouer – pas trop fréquent dans nos galeries d’art – plusieurs discussions, participer à diverses conversations et même faire de nouvelles connaissances. Une aubaine qui n’était pas seulement due à l’exceptionnelle qualité de ces clichés historiques, mais aussi à un public plus ouvert, curieux, admiratif, quasi-studieux, et participant interactivement à ce que je qualifierais de rencontre historico-politique.

Comment, en effet, ne pas être ému et fasciné par l’image de Fidel Castro et nombre de ses compagnons de guérilla debout sur un char, tel 7 janvier1959, en pleine avancée triomphale, immortalisés par le célèbre photographe cubain Raül Corrales Fornos ? Et comment ne pas sentir vibrer en nous l’enthousiasme de notre jeunesse face aux portraits du jeune Fidel Castro avec son compagnon de lutte Efigenio Ameijeiras, combat qui nous avait jadis rempli d’espoir, ainsi que les multitudes de par le monde ? Et ce portrait d’Ernesto (Che) Guevara lors d’une conférence, tout comme tat d’autres clichés qui rappelleront bien de souvenirs à beaucoup d’entre vous, amis lecteurs... Mais il est temps à présent de gravir les marches qui vous mèneront au premier étage et un demi siècle plus tard, toujours à Cuba, dont vous découvrirez un passé très récent (1996 – 2000), grâce à une trentaine de splendides prises de vue et instantanées du photographe

Yvon Lambert.

La galerie, qui cite Sylvia Böhmer dans un extrait du livre « Lézardes »(3) de Karla Suarez et Yvon Lambert, Edition Husson, nous documente brièvement sur ce remarquable photographe. « Yvon Lambert », lisons-nous, « n’a pas succombé à la tentation de sonder ce « charme morbide »(4) de La Havane. Son moyen d’expression est la photographie en noir et blanc qui, dépourvue du caractère descriptif de la couleur, attire notre attention ailleurs. Bien plus qu’un simple état des lieux, ses photographies de La Havane sont une tentative de dialogue avec la ville et ses habitants. Yvon Lambert y a séjourné plusieurs fois entre 1996 et 2000. Et au fil du temps, ces rencontres ont gagné en densité, la curiosité et l’intérêt du début laissant place à une sorte de familiarité avec les protagonistes ». Nous apprenons aussi par l’Agence VU, qu’Yvon Lambert(5) « est né à Luxembourg en 1955. Après avoir travaillé comme ingénieur technicien dans la sidérurgie, il fera des études de photographie à Bruxelles. Son premier projet photographique publié s’intitule Naples Un Hiver, un travail réalisé grâce aux Pépinières Européennes en 1990-91. Pour le Ministère français de l’Agriculture et la BPI du Centre Georges Pompidou, il réalisera un reportage en Roumanie en 1994 et prendra part à l’exposition « D’Est en Ouest, chemins de terre et d’Europe ». »

Pour en revenir aux photographies sur le Cuba actuel, qu’il expose chez Clarefontaine, elles sont d’une précision et netteté extraordinaires. Mais ce qui fait surtout leur force et leur charme, c’est une présence telle que vous croyez y être et que l’instantané, loin de figer le sujet dans l’instant, anime d’une vitalité qui vous impressionnera comme un second film et vous accompagnera longtemps après que vous ayez passé votre chemin. Vous n’oublierez, par exemple, jamais ce cycliste roulant dans une avenue de La Habana-Vedado avec une contrebasse aussi grande qu’homme et vélo réunis, ou ces jeunes filles et leur manifestation d’amour au Che, à Santa Clara, Plaza de la Revolucion, ou encore à La Habana-Vedado... Il ne reste à présent qu’à vous souhaiter bien du plaisir dans la découverte en vrai des ces oeuvres, ainsi que des autres vingt-huit photos d’Yvon Lambert, car je vais à présent vite faire un saut à l’espace 1, à deux pas delà, où la galerie présente en totale dissonance avec les expositions « cubaines », le peintre « naïf »

Kent Iwemyr.

Ce peintre suédois, on pourrait peut-être le qualifier d’Henri Rousseau du Nord, si on n’était pas assez loin du compte. C’est que les peintures d’Iwemyr, figuratives du quotidien et de ses petits problèmes, caractérisées par une agréable harmonie que facilite la dominance des ocres, par la justesse de composition, la profondeur des espaces et une certaine tendresse, n’ont rien de la puissante exubérance du fameux « Douanier ». Reste que son expo « It’s not that damned easy » a le charme d’un certain humour, mais hélas diminué par une incroyable puérilité et maladresse du dessin (peut-être voulues), que j’applaudirais chez un gosse de sept ans, mais qu’on ne saurait louer chez un artiste affirmé, même « classé » naïf. Je constatai cependant (on était à peine au 3e jour d’exposition) que plusieurs de ses toiles étaient déjà vendues, ce qui me ramena à plus de modestie et m’insuffla quelques doutes sur mon appréciation. Aussi vous conseillerai-je, surtout si vous êtes déjà dans le coin, d’aller tout de même visiter les toiles de Kent Iwemyr, car tout le monde ne semble pas partager mon avis et, comme on l’a déjà souvent dit ailleurs, « Des goûts et des couleurs on ne discute pas »(6).

Giulio-Enrico Pisani

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1) Galerie Clairefontaine, Luxembourg ville, espace 1, au 7 place Clairefontaine expo Iwemyr, et espace 2, au 21, rue du St. Esprit expo Cuba (à deux pas de la place Clairefontaine). Ouvert mardi à vendredi de 14,30 à 18,30 h et samedi de 10 à 12 et de 14 à 17 h, jusqu’au 25 février.

2) www.youtube.com/­watch ?­v=LqA8q4-XMBc

3) Lézardes : livre qui parle du quotidien à La Havane, réalisé avec l’écrivaine cubaine Karla Suarez, publié par les Éditions Husson, Bruxelles en 2007

4) Je pense qu’il faut entendre l’adjectif « morbide » comme qualifiant cette recherche condescendante de couleur locale et de paupérisme folklorique par les voyageurs et touristes friqués, ou les nostalgiques du néoréalisme

5) Bio plus détaillée sur www.agencevu.com/photographers/photographer.php ?id=51

6) Pour ceux d’entre vous qui lisent l’allemand, article détaillé sur Iwemyr sub http://jochenhempel.com/kent_iwemyr/

jeudi 26 janvier 2017