Mongolie, Polynésie, Louisiane, Japon, Roumanie...

Fascinations du voyage

Pascal Gertsch a exercé en qualité de médecin généraliste jusqu’en 2009. A la suite de son père, il a accompli de nombreuses missions humanitaires, notamment au Burkina Faso. C’est en 2012 qu’il a découvert la Mongolie pour la première fois, dans le cadre d’une mission humanitaire. Chaque année ses pas le conduisent dans ce pays fascinant, aux paysages de grande beauté, aux populations accueillantes. Au fil des années il est devenu spécialiste de plusieurs pays africains, ainsi que de la Mongolie. Il vient de publier chez Favre (www.editionsfavre. com) un album de grande beauté, le plus beau reportage photographique publié jusqu’à présent sur le pays de Gengis Khan, le fondateur de l’Etat Mongol : Mongolie mon amour, voyages au hasard des rencontres, est une publication indispensable à tout amateur de grands espaces, de découvertes intenses, de beaux livres. Avec ses 1.566.500 km², le territoire de la Mongolie couvre les hautes plaines et les chaînes montagneuses qui font écran entre la Sibérie et la Chine, de l’Altaï au massif du Grand Hinggan. Le désert de Gobi recouvre les vastes régions du Centre et du Sud-est. Le livre de Pascal Gertsch ne propose ni un cours de géographie, ni d’histoire, ni d’économie ou de politique, mais la découverte intense d’un pays que je ne pensais sincèrement pas être aussi beau, aussi coloré. Photographe et auteur, Pascal Gertsch raconte de manière fascinante ses multiples découvertes d’un pays inoubliable, ancré dans de nombreuses traditions, mais aussi et surtout un pays qui s’inscrit dans la nature et vit avec à son rythme. Partez vous aussi avec Gertsch, regardez les photos, lisez les textes, puis rêvez, car ce livre est à la fois invitation au voyage et au rêve. Saviez-vous que la rivière Hovd prend naissance dans l’ensemble montagneux Altaï Tavan Bogt et ses sommets de 4 000 m ? Cette rivière traverse des paysages très variés, d’une stupéfiante beauté. Le parcours final de la rivière Hovd, entre le lac Achit et celui de Khar-Us où il se perd, offre un enchantement dont personne ne peut se lasser. Dans la taïga, tout autour des tipis, les rennes circulent librement, peu farouches, en poussant de petits grognements sourds. A l’écart, une vieille femme joue de la guimbarde. L’exode de la campagne vers Oulan-Bator oblige la ville à s’étendre. On y construit à tours de bras de petits immeubles. Pourtant possesseurs d’une maison en dur, bien des Mongols urbanisés préfèrent l’intimité de leur yourte dressée dans l’enclos du jardin. Au fil de la publication, citations et proverbes émaillent de leur justesse, à la fois le propos du photographe et celui de l’auteur, fusion qui au-delà du verbe et de l’écrit, fait partie d’un ensemble de grande cohérence. Impossible de résumer ce superbe livre, en tout cas pas au fil d’une rubrique dans le cadre de laquelle vous m’accompagnerez, chers amis lecteurs et lectrices, de découverte fascinante en découverte fascinante. Alors je vous conseille de vous le procurer, vous ne le regretterez en aucun cas.

Je vous propose d’embarquer, avec Antoine, sur le Banana Split et de faire escale avec lui dans les cinq magnifiques archipels de Polynésie (www.antoine.tv/ Instagram : les_voyages_d_Antoine). Leur beauté, leurs traditions, leur faune et leur flore ont séduit au fil du temps voyageurs et artistes : Gauguin, Melville, Gerbault, Paul-Emile Victor, Jacques Brel et tant d’autres. Né en 1944 à Madagascar, Antoine est auteur, compositeur, interprète, écrivain et grand voyageur explorateur. Il vous emmène à Tahiti, Moorea, les Iles sous le Vent, les Tuamotu, les Marquises, les Australes et les Gambier. C’est le rêve de tous les navigateurs qui font le tour du monde, venir un jour s’amarrer au quai de Papeete, la capitale de Tahiti. Le marché de Papeete propose toutes sortes de fruits et de légumes exotiques, comme le fruit de l’arbre à pain, et les pêcheurs y apportent chaque jour leurs plus beaux poissons. A l’extrémité sud-ouest de l’île se trouvent des grottes spectaculaires, les grottes Maraa, enfouies dans la verdure tropicale. Vous pourrez vous baigner dans les bassins. Aux portes du Jardin botanique, le Musée Gauguin vous permettra de tout connaître sur le séjour de Gauguin à Tahiti, où il a vécu et peint avant de gagner les Marquises. Le cœur de l’île de Tahiti est presque inaccessible, à l’exception d’une route transversale qui emprunte la vallée de la Papenoo pour rejoindre, après avoir traversé un tunnel, le lac Vahiria et la côte sud. Vous découvrirez une végétation et une faune de toute beauté, tandis que les montagnes de Tahiti proposent un spectaculaire bouquet de pics d’origine volcanique, superbement baptisés «le Diadème». Dans cette magnifique publication d’Antoine, éditée chez Gallimard (www.gallimard.fr) sous le titre Escales en Polynésie, vous trouverez un nombre considérable de photos, ainsi que de courts textes explicatifs. Un vrai bonheur.

Les fils conducteurs de l’ouvrage passionnant Plumes, visions de l’Amérique Précolombienne, publié sous la direction de Fabien Ferrer-Joly, chez Somogy Editions d’Art (info@somogy.fr/ www. somogy.fr), sont la plume et les textiles artisanaux. Ce symbole est universel car il n’est d’homme sur terre qui n’ait vu un oiseau voler sans rêver de pouvoir s’élever avec lui. La plume tient une place de choix dans les cultures méso-américaines et andines, elle est aujourd’hui un important symbole de ces pays. Nombreux sont les dieux de ces civilisations qui sont ornés de plumes d’oiseaux, telles plumes d’aigles, de quetzals, de dindons ou d’aras. Les oiseaux figurent, nombreux, dans les manuscrits précolombiens en peau de cervidé, comme dans la région de Mixteca, au sud de Mexico. Dès 3800 av. J.-C l’utilisation de plumes d’oiseaux exotiques est apparue. Dans l’art de la société Paracas, au Pérou, les représentations stylisées d’oiseaux, de félins ou de serpents sont récurrentes. Des créatures surnaturelles sont aussi fréquemment représentées : elles tiennent dans leurs mains des têtes trophées et des couteaux cérémoniels tandis que leurs ailes les transportent dans l’air, comme des oiseaux. Plus précieuse que l’or et porteuse d’une forte charge symbolique, la plume revêtait dans l’Amérique précolombienne de nombreuses dimensions, sociales, culturelles, politiques et religieuses. Son commerce et son travail étaient très réglementés. Par exemple, nul ne pouvait tuer d’oiseau quetzal sous peine de lourds châtiments. La plume est très vite apparue comme un des savoir-faire majeurs des peuples indigènes.

Vous avez envie de découvrir les plus beaux monuments de Paris, mais aussi les grands événements qui ont marqué les années 1900, tout en prolongeant l’expérience unique de la 3D et redécouvrir en famille la beauté du Paris de la Belle Epoque ? Cette expérience unique est possible grâce au coffret publié aux Arènes (arenes@ arenes.fr/ www.arenes.fr) sous le titre Paris, la Belle Epoque en relief de Bruno Fuligni, écrivain et historien. Le coffret contient un album grand format, 35 vues reproduites à partir des plaques de verre originales, une paire de lunettes en verre et acier, fabriquée à partir d’un modèle de l’époque. Les vues que vous allez découvrir sont elles aussi d’époque, prises à l’aide du procédé de la stéréoscopie, un procédé vieux de plus d’un siècle. La stéréoscopie consiste à prendre en même temps deux photographies avec deux objectifs légèrement distants l’un de l’autre pour permettre d’avoir la même perception du relief qu’avec nos yeux. Ce procédé, que vous allez découvrir avec beaucoup de plaisir, fut la grande passion des années 1900. Sélectionnées parmi plusieurs milliers de plaques de verre, ces photographies ont été reproduites sur des cartes brillantes qui donnent aux images toute leur rigidité et leur éclat.

Je vous propose de partir maintenant pour la Louisiane, avec le DVD Dedans le Sud de la Louisiane (FA4031), film de Jean-Pierre Bruneau, publié par Frémeaux & Associés (www.fremeaux.com). Ce coffret regroupe deux documents historiques essentiels sur les musiques et les cultures cajuns et créoles de Louisiane. Le CD et le film proposés dans cette publication sont issus des voyages du cinéaste Jean-Pierre Bruneau qui, durant les années 1970, fut parmi les rares personnes à s’intéresser à la promotion de ces musiques alors méconnues et marginalisées. Ces dernières sont issues d’une culture francophone hybride unique et fragile qui réussit à survivre tant bien que mal dans les mondes clos des marécages et bayous du Sud de la Louisiane. Au-delà de sa valeur patrimoniale évidente, ce coffret est le témoin direct d’une période considérée comme l’âge d’or de ces musiques. On y retrouve les plus grands musiciens de cette époque, devenus légendes aujourd’hui : les frères Balfa, Clifton Chenier, Bee Fontenot, Alphonse «Bois sec» Ardoin et Canray Fontenot. Comme on peut également découvrir un pays grâce à sa musique, je vous conseille également les CD suivants : Biguine, anthologie de la tradition musicale antillaise (FA5640) ; Brésil instrumental, solistes et virtuoses brésiliens (FA5624) ; Jamaica Jazz (FA5636) ou encore Mexique, l’art disparu du violon huastèque (FA5621).

François Berthier fut historien des arts du Japon et professeur à l’Institut national des langues orientales. Il est déjà l’auteur chez Arléa (www .arléa.fr) du livre La mystérieuse beauté des jardins japonais. Vient de sortir de presse, chez le même éditeur, son ouvrage Cent reflets du paysage, petit traité de haïkus. Au travers d’une centaine de haïkus (forme poétique très codifiée) commentés, il nous invite à faire quelques pas sur la sente étroite et brève du paysage et de la poésie japonaise. L’évocation des saisons, de la faune et de la flore est une grande réussite, qui nous offre un voyage qui retentit à chacune des pages du livre. Du haut de ses 3.776 mètres, le Mont Fuji domine l’étendue du Pacifique proche. Ses éruptions devaient en faire un phare pour les géants errant sur l’océan. Nombre de peintres et de poètes ont célébré la majestueuse beauté de la montagne sacrée, le sommet le plus élevé de l’archipel. Parmi eux, Hokusai a peint, de 1823 à 1830, les «Trente-six vues du Mont Fuji», série dans laquelle il s’est ingénié à varier les plans et les angles de vue du grand volcan. En hiver, la base de la montagne est parfois noyée dans la brume, alors l’énorme masse semble suspendue dans les airs. Il arrive encore, en été, que les premiers rayons du soleil colorent en rouge les cendres volcaniques qui revêtent le cône. En accentuant cette couleur et en l’apposant sur l’azur du ciel, Hokusai a, dans l’une de ses estampes, fait preuve d’une hardiesse digne des impressionnistes les plus audacieux. Ci-après un haïku né de cette beauté : matin d’été / dans le ciel bleu flotte / la montagne rouge. Au Japon, le prunier, est un arbre fruitier particulier. La floraison, au Japon, de cet arbre provenant de Chine est fort précoce puisqu’elle se produit en février, voire en janvier dans certaines régions privilégiées. Il est émouvant de voir les fragiles fleurs, blanches ou rouges, résister courageusement au froid et même à la neige qui, parfois, les recouvre. Le prunier est aussi touchant de fidélité : quand fut, en terre lointaine, injustement banni Sugawara no Michizane, poète et calligraphe de grand renom, le prunier dont il aimait tant les fleurs et leur parfum subtil, s’envola pour le rejoindre dans son troisième exil. L’image sous forme de haïku donne ceci : les fleurs du prunier / éclosent sous la neige / arbre volant.

Restons en Europe, le temps d’une promenade en Roumanie. Grégory Rateau enseigne les arts visuels et anime un ciné-club en région parisienne. Il écrit et réalise des films qui l’ont fait voyager, au Maroc, en Algérie, au Liban, au Népal... Grand passionné de randonnée et amoureux d’aventure, il a décidé en 2014 d’aller s’installer en Roumanie. Il vient de publier chez L’Harmattan (www. librairieharmattan.com), Hors-piste en Roumanie - Récit du promeneur. On ne connaît, au fond, de la Roumanie, que les contes fantastiques et les films qui ont largement contribué à entretenir le mythe du vampire de Transylvanie. Peu connu, ou mal compris, ce pays intrigue autant qu’il peut dérouter. De Bucarest, la capitale bouillonnante en pleine mutation, à la campagne reculée où le temps semble comme suspendu, des randonnées sauvages dans les forêts des Carpates aux plages désertes qui bordent le Danube, l’auteur explore, s’interroge, porte un regard tendre et souvent mélancolique sur ce pays et ses habitants, celui d’un expatrié, d’un homme qui, dans l’ailleurs, cherche à se retrouver. Nous le suivons, avec ravissement, pas à pas, sur les chemins de ce hors-piste enivrant.

Accompagnons Yuri Herrera, le temps de son roman Le royaume, le soleil et la mort, trilogie de la frontière, publié dans la collection Du monde entier chez Gallimard, au Mexique. L’auteur, l’une des voix les plus puissantes et originales de la littérature mexicaine contemporaine, nous ouvre les portes d’un monde fascinant et implacable : celui de la frontière qui sépare les deux rives du Rio Grande, entre le Mexique et les Etats-Unis. Il s’agit d’un territoire métis et changeant où l’indécente richesse des narcotrafiquants côtoie quotidiennement la misère des clandestins, où la corruption cohabite avec les plus beaux rêves, où la violence extrême se confond parfois avec le combat pour le respect et le droit. Sur les pas du chanteur Lobo, de la jeune migrante Makina et du trafiquant surnommé «l’Emissaire», nous sommes transportés d’un côté et de l’autre du fleuve par une narration exceptionnelle, qui relève souvent d’un réalisme cru mais nous offre aussi toute la beauté des mythes aztèques, des fantaisies médiévales et des contes de fées. Cette trilogie pose sans nul doute un jalon dans la manière d’aborder la question des rapports conflictuels entre le nord et le sud des Amériques.

Michel Schroeder

Montag 20. Februar 2017