L’alternative du 21ème siècle :

Haine et Religion, ou bien Paix et Laïcité ?

En août 2015 et un an plus tard en août 2016, notre bonne vieille Zeitung publia deux de mes articles démontrant le rôle exacerbant des religions et plus particulièrement de l’islam dans les terribles crises politiques, économiques et sociales secouant de nos jours le Proche- et le Moyen-Orient. Je considèrerai aujourd’hui moins l’influence paralysante de l’islam sur l’état social et économique du seul pays musulman qui ait traversé encore quasi-indemne le «printemps arabe», c’est à dire la Tunisie, que l’aspect général du problème, donc européen inclus. Les deux sont d’ailleurs liés. N’oublions pas qu’à cette avancée de l’islamisme (islam politique), proportionnellement tout aussi forte en Europe, grâce à la connivence et à l’angélisme des pouvoirs, répond une montée d’un extrémisme religieux chrétien envoyé dans les cordes entre 1860 et 1990. Sans même parler de la Pologne, où les catholiques sont en train de rétablir une prééminence du religieux sur le civil, les partis chrétiens sont en progression en France avec le PCD (Parti Chrétien Démocrate) et en Allemagne, avec les CDU & CSU. Même chez nous, au petit Luxembourg, notre CSV (Parti Chrétien social) reste bon an mal an plus ou moins dominant, flanqué par l’aile ultra-catho de l’ADR.

Vu l’accroissement rapide du nombre des musulmans européens, les islamistes ne manquent évidemment pas d’accroître l’avantage que le laxisme des chrétiens-sociaux, ainsi que des laïcs de gauche qui les protègent pour leur faiblesse sociale, ont déjà commencé à leur laisser. Pour sa part, la Commission de l’UE semble franchement partenaire de l’établissement européen d’un islam politique. Et cette position est défendue, voire promue par Federica Mogherini, la chef de la diplomatie européenne, qui affirmait (1), au mépris de tout respect des principes humanistes et démocratiques: «L’islam politique a un rôle important à jouer dans l’avenir de l’Europe» et «l’islam politique doit faire partie de l’équation...». Cependant, ce genre de politique ne relève heureusement pas encore de l’UE, mais de chaque pays membre per se. C’est-à-dire que chaque nation interprète, suit ou moins les désirs et recommandations de Bruxelles à sa manière.

Des pays comme la Pologne et autres pays de l’est s’en fichent éperdument, tandis que les «bons élèves», comme les Français, vont déjà jusqu’à autoriser l’émergence tout ce qu’il y a de plus officiel, de mini-partis politiques islamistes (2), et cela même si leur doctrine est en infraction avec la constitution française. Où va-t-on, si même les citoyens français ne parviennent plus à imposer le respect de la séparation entre religion et état? Où finira-t-on face à cette attaque frontale aux fondements même d’un état laïque? Heureusement, au Luxembourg, aucun parti islamiste ne s’est encore manifesté, car nous n’avons même pas l’arme de la laïcité constitutionnelle. Chez nous, comme en Belgique, aux Pays-Bas ou en Allemagne, il y a séparation de fait (en partie grâce à l’influence française), mais elle n’est pas ancrée constitutionnellement et nous sommes légalement inermes. Alors, si la France lâche, c’est la fin des haricots. Pire, les catholiques risquent de se buter (Ah bon! Pourquoi eux et pas nous?), reprendre du poil de la bête comme en Pologne et provoquer des conflits religieux de plus en plus exacerbés, voire violents.

Une question s’impose donc à toute personne douée de simple bon sens: mais pourquoi, mon Dieu, faut-il qu’il y ait des religions? «Ah, bon,» me direz-vous, «parce que tu crois en dieu maintenant?». Et pourquoi ne croirais-je pas en un dieu, en une puissance nommée ainsi et qui existerait au-delà de notre pauvre capacité de compréhension? Mais aussi, pourquoi nous laisserions-nous prescrire par quelques millions d’individus s’autoproclamant ses représentants, se contredisant et se combattant les uns les autres, les milliers de manières différentes dont nous sommes censés croire à un possible créateur? Pourquoi? Que sont-elles, les religions au sens général du terme, que bouche-trous, placebos, solutions de facilité, créées par les êtres humains pour répondre à leurs premières peurs, souffrances inexpliquées et questions existentielles irrésolues? La réponse de Karl Marx, ce grand philosophe et humaniste du 19ème siècle témoigne d’une grande compréhension pour le désarroi d’une humanité souffrante. Aussi, sans l’approuver, l’expliqua-t-il et, loin de condamner les effets du mal, en stigmatisa-t-il plutôt les causes:

«- La détresse religieuse est pour une part l’expression d’une vraie détresse et pour une autre la protestation contre cette détresse réelle.

- La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit des conditions sociales d’où l’esprit est exclu.

- Elle est l’opium du peuple.»... (3)

L’ignorance simplificatrice commune ne retient bien sûr que la 3ème phrase. Or celle-ci n’est que la conclusion de la 2ème, qui s’applique surtout, mais non exclusivement, au prolétariat écrasé sous le joug du premier capitalisme occidental triomphant. Cependant, telle qu’elle fut conçue des milliers d’années auparavant par des petits malins voulant dominer et manipuler des êtres en plein désarroi, la religion est définie par l’ensemble indivisible des trois phrases. Gare aux citations tronquées! Aussi, moins d’un siècle plus tard, Albert Einstein (4) élargit la définition de Marx dans ses «Réflexions» (5), en remontant aux origines de la religion:

«La peur était pour l’homme primitif à la base de sa démarche religieuse, la peur de la faim, des bêtes sauvages, de la maladie, de la mort. Comme à cette époque la compréhension des liens de causalité était peu développée, l’esprit humain créait des êtres fictifs plus ou moins analogues à lui-même, et dont la volonté et les gestes étaient censés être à l’origine des expériences douloureuses de chacun».

Au fil du temps, qui a mené l’homo autoproclamé sapiens-sapiens à compter parmi ses membres des êtres d’exception comme Galilée, Descartes, Spinoza, Kant, Marx, ou autres Einstein, les religions eussent pu cesser d’être cet outil de secours illusoire, mais rassurant, pour les masses crédules. (6) Malgré cela, celles-ci continuent aujourd’hui à s’accrocher désespérément à leur premier éclairage de substitution à une raison encore rudimentaire, se livrant ainsi bien souvent à des hydres mortifères. Cela est autant dû à la pléthore des clergés parasitaires et bonimenteurs (7) (prêtres, popes, pasteurs, imams, bonzes, brâhmanes, chamanes, gourous et autres vendeurs d’illusions), soi-disant représentants du divin, qu’à l’aberrante crédulité des masses.

Cette crédulité, qui n’est point de la bêtise, est plutôt le résultat d’une incroyable paresse intellectuelle et d’une absence d’esprit d’analyse critique de la majorité des gens, trop portés à croire ce qu’on leur raconte le plus souvent et avec plus de force. C’est également ainsi que, en profitant de cette paresse et de ce manque d’esprit critique, les médias dominants au service du grand capital imposent aujourd’hui tous azimuts leur «pensée unique». Cette évidence connue depuis l’antiquité, les Nazis l’avaient déjà bien comprise et appliquée avec brio. Hitler écrivit dans Mein Kampf qu’«un mensonge répété dix fois reste un mensonge; répété dix mille fois il devient une vérité». Et Joseph Goebbels, son ministre de la propagande, affirma: «Plus le mensonge est gros, mieux il passe». C’est d’ailleurs bien ce qui permit aux religions d’asseoir leur pouvoir sur l’humanité, en transformant ce qui était au départ une série de pieux mensonges, que l’ignorance humaine primitive rendait excusable, en ce qui deviendrait la plus grande série d’arnaques de tous les temps.

Quoi qu’il en soit, on pourrait tout de même imaginer vivre avec ces fables un peu comme avec ce pieux mensonge qui sert la paix d’esprit une personne si elle lui permet d’ignorer les frasques de son conjoint. Mais cela ne se passe hélas pas seulement ainsi, et nous voyons tous azimuts que, devenues de plus en plus souvent outils de domination, les religions ne se contentent pas d’être de doux et inoffensifs placébos. Utilisées un peu partout par des castes avides de pouvoir, usant de l’influence «spirituelle» de leurs mensonges sur les masses, les religions servent à les dominer et àles exploiter. Et s’associant plus qu’à leur tour avec la puissance guerrière et politique, la pléthore de bonimenteurs qui les propagent ne reculent souvent devant aucune barbarie, torture, voire aucun meurtre, pour affirmer et asseoir leur pouvoir. L’histoire nous a transmis les innombrables abus de ces «représentants de dieu» et agents de religions archaïques ou barbares. Mais aucune d’elles ne semble avoir atteint l’abomination de la tyrannie chrétienne entre les 3ème et 18ème siècles de notre ère. Et le présent n’est pas en reste, toujours au nom de ce même dieu inventé de toutes pièces dont maints de ces fous se réclament (8), Moloch sanguinaire qui ayant cessé d’être appelé Yahvé ou Dieu, aurait repris du service sous le nom d’Allah.

Surtout ne pas confondre, nous dit-on, entre les fanatiques meurtriers, sadiques et tortionnaires et les «bons» représentants de l’islam; Daesh, c’est l’exception. Et alors? Cela se rallume ailleurs: Afghani­stan, Pakistan, Afrique équatoriale, Indonésie, etc. Quant au terrorisme religieux, il ne connaît pas de frontières. Même les «non-violents» Frères Musulmans visent l’établissement mondial de la dictature islamique et de la charia. (9) La moindre des choses serait par conséquent que toute nation se prétendant civilisée et pacifique déclare solennellement et dans le cadre de l’assemblée générale de l’ONU, qu’elle interdit tout endoctrinement, prosélytisme et devoir de pratique et/ou d’observance religieux. Ces délits violant d’ailleurs la Déclaration universelle des droits de l’homme, le pays qui ne les punirait pas devrait faire l’objet de sévères sanctions. Cette politique de fermeté et de laïcité universelle ne viserait bien entendu nullement une quelconque exclusion. Tout au contraire, apporterait-elle enfin à l’humanité, outre une complète liberté religieuse individuelle, un vrai commencement de garantie, que les humains cesseront de se combattre et de s’entre-déchirer au nom de leurs religions.

Giulio-Enrico Pisani

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1) Federica Mogherini lors de «l’Appel à l’Europe V: l’Islam en Europe», Congrès FEPS, «L’action extérieure de l’UE – European Union External Action» – du 25 Juin 2015

2) Voir pour le premier parti fondé en 1997, https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_des_musulmans_de_France et pour un autre, fondé en 2012, www.lefigaro.fr/politique/2015/02/12/ 01002-20150212ARTF IG00436-la-creation-du-parti-musulman-agite-la-classe-politique.php

3) Texte original : «Das religiöse Elend ist in einem der Ausdruck des wirklichen Elendes und in einem die Protestation gegen das wirkliche Elend. Die Religion ist der Seufzer der bedrängten Kreatur, das Gemüth einer herzlosen Welt, wie sie der Geist geistloser Zustände ist. Sie ist das Opium des Volks.»

4) Notons que Einstein, en dépit sa glorification par tous les juifs athées, religieux ou sionistes, n’était pas athée, mais agnostique, c’est-à-dire qu’il ne donnait absolument rien de toutes les fables et superstitions «moïse-abrahamo-rabbiniques» dont s’inspirent aussi largement les religions chrétienne et musulmane

5) New York Times Magazine 9.11.1930

6) À aucun moment je ne conteste ici la croyance en un principe créateur, qu’on l’appelle dieu ou comme on veut. Cela relève du choix individuel de chacun et est d’autant plus respectable que science et raison sont loin d’avoir expliqué la création. Par contre, les religions constituent la puérile tentative des humains de rendre tangible la présumée oeuvre divine et, surtout, pour une majorité de leurs «bergers» et autres prosélytes religieux, le moyen d’exploiter cette détresse humaine aux fins d’influence et de domination

7) Au sens étymologique du terme: «qui mentent bien»

8) Mais d’un dieu qui est pure création d’esprits malades. Et je ne parle pas seulement des terroristes islamistes qui ont pris la relève des chrétiens, mais aussi des guerres entre musulmans chiites et sunnites, comme hier entre Iraq et Iran, aujourd’hui au Yémen, ainsi que des innombrables conflits ethnico-politico-religieux africains et même des persécutions des Rohingya musulmans en Birmanie par les soi-disant non-violents bouddhistes

9) Charia : loi islamique. Sur les Frères musulmans, leurs règles et statuts, lire mon article http://zlv.lu/spip/spip.php?article18078

Freitag 19. Mai 2017