Jörg Döring : Liquid Pop

Le revoilà à la Galerie Schortgen Artworks (1), le peintre, graveur, collagiste de talent et maître es techniques mixtes et Pop art de Düsseldorf, Jörg Döring! Voici déjà dix-huit ans, donc depuis 1999, qu’il nous revient encore et encore, d’abord tous les deux à trois ans, puis de plus en plus fréquemment. La période maîtresse du Pop art a beau avoir été située par la critique au XXe siècle, notre poly-artiste rencontre toujours autant de succès et, vu la qualité de son ouvrage et son aisance souveraine dans le genre «souvenirs-souvenirs» de la grande époque cinématographique, ce n’est pas près de se démentir. Aussi, son vernissage de ce samedi 14 octobre ne réunissait pas seulement bien plus d’invités que d’ordinaire, mais voyait également déjà les premières ventes, ainsi qu’un flux ininterrompu d’amateurs, d’admirateurs, ou même de simples curieux, remplir la salle d’exposition, ce qui, entre nous soit dit, ne me facilitait pas la tâche.

Je parvins tout de même à échanger quelques mots avec Jörg Döring, principalement sur le nouveau procédé «Liquid Pop» qu’il avait lancé me semble-t-il, cet été. Sollicité comme il l’était, je ne pouvais pas lui en demander davantage et après avoir attentivement examiné la plupart des tableaux exposés, en fait bien plus nombreux que ne pouvaient en porter les cimaises de la galerie, je filai sans demander mon reste. Je veux dire ce reste que je comptais retrouver sur Internet, ainsi que dans mes dix années de mémoire et d’archives. Il s’agit en effet d’un capital non négligeable, accumulé depuis que je fis sa connaissance en 2007 et pus, pour la première fois, admirer puis vous présenter ses créations, opération renouvelée lors de ses expos de 2011, 2012 , 2015 et 2016. Je pense n’avoir manqué que ses expositions de 2013 (à Esch/Alzette) et de 2014. Le fait est, que le succès rencontré chez nous par l’artiste, grâce au vaste spectre imaginatif et à la créativité toujours renouvelée de ses tableaux aux harmonies chromatiques et aux techniques parfaites, de style, disons, rétro, ne semble pas près de se démentir.

Rien de plus normal au fond! En effet, ça fait une trotte, que la doctrine contemporaine muséale «officielle» s’abandonne de plus en plus à la désincarnation de cet art conceptuel qui ne ressemble plus à grand-chose, sinon carrément à rien du tout. Les amateurs d’art moderne authentique se tournent par conséquent vers les valeurs «sures»: néo-expressionnisme, fantastique, surréalisme, néo-impressionnisme, abstrait, pop art, op art, hyperréalisme, vintage, etc. Mais avant d’aborder l’évolution, la nouveauté, le changement et le progrès chez cet étonnant artiste, je reviens brièvement, pour ceux d’entre vous qui n’ont pas encore lu mes précédents articles, sur son style général et ses fondamentaux, qui continuent à servir de base à ses nouvelles créations. S’inscrivant au départ dans la mouvance du Pop Art new-yorkais en général et de ses monstres sacrés que furent Roy Lichtenstein, Andy Warhol et Tom Wesselmann en particulier, Döring leur exprime dans ses créations une admiration au sens large du terme, mais sans servitude aucune.

Il est vrai que l’imagerie cinématographique populaire des années 1950 à 1980 reste omniprésente dans son oeuvre. Cependant, ses choix et sélections, ainsi que la présentation des personnages qui ont marqué sa jeunesse et la mise en scène de ses sujets favoris, se renouvellent constamment pour s’épanouir en une quasi-infinité de variations. Sa technique évolue d’ailleurs avec le temps et, si les collages en constituent encore bonne part, une évolution de la gravure sérigraphique vers un plus de peinture s’affirme de plus en plus. Retour aux sources? Non, pas vraiment. Progression plutôt. Je dirais qu’il s’agit davantage d’une empreinte créative accrue de l’artiste sur ce qui fut, sur ce qui pouvait être, objectivement, et qui devient aujourd’hui davantage ce qu’il perçoit que ce qui a réellement été et dont il nous présente une sélection incomparable, car merveilleusement subjective... Et autant pour ce qui était jusqu’à hier, donc en ce qui me concerne, jusqu’à son exposition de mars-avril 2016!

Mais un an et demi a passé. Et la galerie de préciser dans un petit prospectus – c’est là que réside en partie la nouveauté –: «... l’application d’une résine époxy en une couche épaisse et à épaisseur variée sur les tableaux de Jörg Döring vient leur apporter une profondeur, qui donne un effet unique aux sujets et à l’ambiance qui les enveloppe. Cela constitue une adroite symbiose entre photographie, écriture et peinture...» (2). Une autre nouveauté, ou plutôt évolution réside dans le rôle accru que Döring accorde à la peinture, une penture abstraite, qui encadre moins le sujet qu’elle ne semble vouloir l’englober, tout en ne voulant pas vraiment y parvenir. En fait il y a partage: d’une part figuratif-photo, de l’autre abstrait-peinture et entre les deux la magie Döring. De vastes tableaux comme «flying-high» (80x180cm) et «neon-camouflage» (150x200cm), ou des bijoux comme «couples-gating» (40x40cm) et surtout mon préféré, «pink cream» (40x40cm), en offrent la parfaite démonstration.

Né en 1965 en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, artiste indépendant depuis 1985, l’autodidacte Jörg Döring peint dès le début des années quatre-vingt, d’abord à l’acrylique, puis à l’huile, peinture qu’il trouve plus profonde, chaude, nuancée et gratifiante. En 1987 il ouvre son premier atelier à Essen, sur une modeste arrière-cour. Puis, au début des années quatre-vingt-dix, ses premiers succès étant au rendez-vous, il s’installe dans un nouveau local plus spacieux. Il a désormais atteint une certaine renommée, du moins localement. Aussi, autour de 1995, la ville d’Essen, trop provinciale, commence à l’étouffer.’ Il voit plus grand; déménage vers la plus cosmopolite Düsseldorf, où il vit et travaille encore aujourd’hui dans son spacieux atelier de Meerbusch, faubourg de Düsseldorf, près de Neuss.

Mais c’est au tournant du siècle qu’il découvre la sérigraphie et organise dès lors un véritable atelier de production de 750 m2 avec plusieurs aides, un peu à la manière des grandes officines d’artistes du passé, comme le Ghirlandaio ou Pierre Paul Rubens. Cependant, ainsi que nous venons de le voir plus haut, amis lecteurs, rien n’est jamais définitif. Ainsi que chez la majorité des artistes, ses techniques évoluent constamment. Mais quoi qu’il en soit, sa notoriété n’est désormais plus à faire, et ses oeuvres se retrouvent aujourd’hui dans de très nombreuses galeries et musées à travers l’Europe, ainsi qu’aux USA et au Canada. Nous ne pouvons par conséquent que nous réjouir qu’il vienne aussi souvent exposer dans notre petit Grand-duché. Et ce n’est certainement pas la galerie Schortgen qui s’en plaindra, ni vous d’ailleurs, à qui je garantis une visite franchement plaisante.

Giulio-Enrico Pisani

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1) Galerie Schortgen Artworks, 24, rue Beaumont, Luxembourg centre. Exposition Jörg Döring, mardi à samedi de 10h30 à 12h30 et de 13h30 à 18 h. jusqu’au 16 novembre.

2) Texte légèrement abrégé et modifié.

«pop-parisienne»

Mittwoch 25. Oktober 2017