Chefs-d’oeuvre inoubliables de Lucien Clergue

Et « Wishes come true », plein d’autres artistes en sus…

… du plus haut niveau, faut-il préciser, tant photographes que peintres, chacun valant déjà per se largement le déplacement ! Et même l’unique sculpteur est loin de démériter. Où cela ? Où les « wishes », les souhaits vont-ils, viennent-ils donc ? Où se réalisent-ils ? Eh bien, cette fois en tout cas, c’est à la Galerie Clairefontaine (1), dont vous conviendrez, amis lecteurs, depuis le temps que nous la fréquentons, qu’elle est une sorte de Mecque luxembourgeoise des beaux-arts. Sa directrice consacre cette fois tout son espace 1, place Clairefontaine à l’aussi exceptionnel que regretté photographe français Lucien Clergue (2), dont je vous ai déjà présenté des oeuvres à plusieurs reprises. Vous pouvez ainsi découvrir ou redécouvrir bon nombre de ses magnifiques tirages argentiques des années cinquante. Je pense aux enfants dans la N°17, « Quintette de la grande récréation, Arles, 1955 », ou aux célébrités dans la N°20, « L.M. Dominguin, Jacqueline et Pablo Picasso, Jean Cocteau, Serge Lifar et Lucia Bosé pendant le tournage du Testament d’Orphée, Les Baux de Provence, 1959 ».

Cet espace 1. étant toutefois trop réduit pour le nombre d’oeuvres disponibles, vous trouverez aussi dans l’espace 2, au 21, rue du St. Esprit, quelques-uns de ses splendides nus féminins, qui lui valurent ce fameux mot de Jean Cocteau, « Lucien Clergue fut le seul témoin de la naissance d’Aphrodite, qu’on se le dise ». Et là, rue du St. Esprit, c’est la pléthore, la grotte d’Ali Baba, le capharnaüm, l’île aux trésors, le rassemblement de ce que la galerie a connu de plus réussi et brillant ces derniers temps. Hiroyuki Masuyama nous reçoit avec 5 magnifiques LED-lightboxes de Luxembourg ville vers 1839 d’après l’immortel J.M.Wiliam Turner. Celles-ci sont talonnées de près par 6 superbes vues de Guilin (3), peintes à l’acryl sur toile par notre vieille connaissance Tun-Wen Margue presque plus turnerien que William Turner lui-même.

Citons aussi 2 huiles sur toile de Ray Richardson, quelques jolis bronzes de Dietrich Klinge, une toile de l’inoubliable Joe Allen au titre invitant « Wish you were here », ainsi que 4 toiles du « Peintre du printemps » Simon Nicholas (4), ainsi que 2 petites techniques mixtes abstraites sur toile de Christine Henn. Et dans le domaine, disons, de l’observation sociale, où excelle Markus Fräger, vous pourrez admirer une fois de plus « Die-Einflussreiche », l’une de ses plus remarquables huiles sur toile. Toujours dans l’observation sociale et psychologique, j’ai cependant surtout apprécié la production d’un Roland Schauls en très grande forme, qui nous épate avec quelques nouvelles créations, comme « Ophelia », « Gene machen Pause », « Besuch in St. Gallen » ou « Ausweglos im Süden ».

Mais nous sommes loin d’être au bout de ce splendide voyage à travers l’art, qui se poursuit désormais en photographie, en commençant tout d’abord avec Martin Parr et son « Revolution Square à Santiago de Cuba » et son « Revolution Square, Havana ». Suivent la 28ème vue des « Thirty-six views of Mount Fuji » de Raoul Ries, la 2ème de la série « Silencios » de Ludmila Velasco et toute une série de superbes impressions platine-palladium sur tissu japonais Gampi de Ryuji Taira. Nous retrouvons ensuite Elliott Erwitt avec deux rares silver-print : un portrait de « Fidel Castro en 1964 », « Fidel Castro with comrades, Habana 64 » et un « Cafe, road to Viñales, Pinar del Rio ». Suivent deux des vastes vues aériennes au réalisme assez cru de la série « The Fields » de Mishka Henner, « Natural Butte Oil and Gas Field, Uintah County, Utah » et « Levelland Oil and Gas Field #2, Hockley County, Texas », ainsi que les remarquables portraits de William Klein, « Smoke + Veil, Paris, 1958 » et « Simone + Nina, Piazza di Spagna, Rome 1960 ».

Nous pouvons conclure cet intéressant panoramique avec trois remarquables maîtres de la photographie. Tout d’abord je citerai notre grand photographe national Michel Medinger (vit et travaille à Contern), que j’ai d’ailleurs eu le plaisir de rencontrer lors de ma visite à la galerie, mais qui est assez pauvrement représenté cette fois avec deux tirages Cibachrome de sa série « Les pompes à essence », 1, « Limpertsberg » et 2, « Mondorf ». Le deuxième maître n’est autre que l’étonnant photographe luxembougeois Yvon Lambert, dont je vous déjà dit le plus grand bien et qui nous épate avec trois superbes tirages argentiques barytés représentant « La Habana Centro », « La Habana Vieja, portrait de Camillo Cienfuegos » et, prise à 8000 Km de là, « Belval 2003 ». Quant au troisième, le maître absolu et dont je vous avais dit plus haut qu’il déborderait l’espace 1., ce n’est autre que notre vieille connaissance Lucien Clergue, qui pose avec deux tirages de sa série « Nu zébré » et un « Couple nu », les trois cumulant sensualité, beauté pure et élégance, la cerise sur le gâteau de l’exposition. Et, ente nous, c’est un « gâteau » qui n’attend qu’à être dévoré des yeux !

P.S.

De plus, puisque vous-vous trouvez déjà à Luxembourg centre, ne ratez pas la magnifique exposition « Lucien Clergue – Poète photographe » au Cercle municipal (Cercle Cité), que nous avions déjà annoncée en novembre dans ces colonnes. Vous y accédez par l’entrée principale, place d’Armes (grand hall puis porte à gauche). Outre un grand nombre de chefs-d’oeuvre que l’artiste a réalisées au cours de sa vie, l’exposition est introduite par une fort intéressante chronologie inscrite aux parois, tout comme cette belle citation de Jean Cocteau sur la naissance d’Aphrodite, que je me suis permis de reproduire au début de mon article.

Giulio-Enrico Pisani

*** 1) Expositions jusqu’au 23 décembre dans les espaces 1 et 2 de la galerie, respectivement au 7, place Clairefontaine et, à deux pas de là, au 21 rue du St-Esprit. Ouverture de mardi à vendredi de 14h30 à 18h30 h et le samedi de 10 à 12 et de 14 à 17h.

2) Né en 1934 à Arles et mort en 2014 à Nîmes.

3) Ville de la région autonome Zhuang du Guangxi, en Chine, située sur la rivière Li.

4) V. sur Simon Nicholas mon article dans ces colonnes http://www.zlv.lu/spip/spip.php ?article16527. Notez que j’ai déjà présente dans ces colonnes bon grand nombre de ces artistes. Aussi vous suffit-il, pour en savoir davantage sur l’un d’eux, d’insérer dans votre moteur de recherche www.zlv.lu suivi du nom de l’artiste pour trouver souvent mon article le présentant.

Lucien Clergue : L.M. Dominguin, Jacqueline et Pablo Picasso, Jean Cocteau, Serge Lifar et Lucia Bosé pendant le tournage du « Testament d’Orphée », Les Baux de Provence, 1959

vendredi 8 décembre 2017