Flambée de créations chez Nosbaum & Reding

Ce samedi 8 décembre l’hiver montre déjà le bout de son nez en et il fat un temps à ne pas mettre un retraité de la sidérurgie ou un critique d’art amateur dehors. Et pourtant, aussi bien le mauvais temps, que mon emploi du temps semi-politique et para-artistique, m’obligent à traverser la ville d’ouest au sud et du sud au nord-est en compagnie d’une pluie sans doute bienvenue, mais pas agréable pour autant.
Quoiqu’il en soit, à défaut d’une bonne flambée chez moi, ce sera celle plus esthétique que calorifique, à la Galerie Nosbaum & Reding (1), où m’attendent l’exposition « Heimatlos » (apatride) de Barthélémy Toguo et l’expo collective « The end is your choice » (En fin de compte, c’est à vous que revient le choix) (2) de Marie-Paule Feiereisen, Irina Gabiani et Philippe Lamesch. Commençons donc par nous pencher sur le travail du poly-artiste

Barthélémy Toguo

qui, né en 1967 au Cameroun, a fait ses études supérieures à l’École des Beaux Arts d’Abidjan en Côte d’Ivoire, puis à L’École Supérieure d’Art de Grenoble et à la Kunstakademie de Düsseldorf. Internationalement reconnu et apprécié, parfois même pour des créations à mon avis discutables, il est aujourd’hui vraiment au top et nous présente, à mon avis, comparé à ses précédentes expos, le meilleur de son art.
Aussi, contournons rapidement et oublions tout aussi vite son installation « Tampons » qui, à part quelque recherche esthétique, frôle le « n’importe quoi » pour riches bobos (on a déjà vu pire au MUDAM) et tournons-nous vers son extraordinaire oeuvre graphique et picturale, qui se compose exclusivement de maîtresses pièces !
Commençons par admirer ses tableaux semi-abstraits (émail sur acier 81x51cm) « Célébration des fleurs », « Fruit de vie » et « La mère aux fleurs » qui eût pu s’intituler « La mer aux fleurs », les trois formant – je crois – dans l’esprit de l’artiste, comme un triptyque. Passons ensuite à son magnifique dessin expressionniste (encre et aquarelle sur toile) « Homo planta IV », dont la monochromie rose-orangé pâle spiritualise la carnalité et la provocante féminité du sujet. Poursuivons avec trois grandes toiles (encre et aquarelle 2x2m), où le dessin expressionniste s’inscrit dans des scénographies vert-émeraude pâle pour « « Love Forest » et « Magic Fruit », mais tendant vers le l’olive et le mousse dans « Mirror Tree ». Un artiste à découvrir ou à redécouvrir... sans faute !

Mais tournons-nous à présent vers trois autres remarquables artistes et leur exposition dite collective, mais sans véritable ligne commune ni même rapport évident entre leurs oeuvres, intitulée, comme nous verrons plus loin, fort à propos, « The end is your choice ». La première de ce talentueux trio est

Irina Gabiani,

qui nous accueille avec (et un peu aussi dans) un univers pour le moins étrange. Née à Tiblisi, en Géorgie, cette artiste inclassable (au fond, quel véritable artiste ne l’est pas ?), vit et travaille à Luxembourg après avoir d’abord étudié à l’École d’Art, puis à l’Académie d’Art de Tiblisi et enfin à la Gerrit Rietveld Academy of Art, Amsterdam. Chez Nosbaum & Reding, elle présente une quarantaine de ravissants tableaux au format très inusuel de 40x100cm, dont trente au crayon, à l’encre et au collage sur toile, ainsi qu’une dizaine peints à l’acrylique. Il m’est bien sûr impossible de vous détailler ici toutes ces oeuvres représentant des choses ou êtres inspirés, dirait-on, de l’univers planctonique et dessinés comme autant de bijoux fabuleux. Ceci dit, comment savoir, sans connaître les secrets du micro-biotope pélasgique, si ses créations relèvent de l’art figuratif, du surréalisme, de l’imaginaire ou d’une abstraction déguisée en figuration décorative, comme semble le suggérer leur disposition dans la galerie. J’espère avoir l’occasion de lui en parler lors du finissage de l’expo (3). Ne pouvant pas lui consacrer aujourd’hui tout un article, je ne puis que vous recommander d’aller voir par vous-mêmes. En attendant, vous pourriez vous en capter un avant-goût sur Internet et notamment dans une vidéo de son expo « Unrolling the Universe » (En déroulant l’univers) de 2016 au Musée national de Géorgie (4). Quant au biologiste (5) et graveur

Philippe Lamesch,

et ses remarquables collages à techniques mixtes (gravure à l’eau forte, monoprint (6), peinture en aérosol, dessin, format 55x53cm) abstraits, il n’y a pas beaucoup à en dire ; il faut les voir. Tout comme chez une « conseur » in Atelier Empreinte, que je vous présentai dans notre n° du 8 décembre, Philippe semble pratiquer l’abstraction pure, toute ressemblance avec une quelconque réalité ne pouvant être que le fruit du hasard, ou de la fertile fantaisie d’un critique trop imaginatif (7). Eh bien non ! Selon cet authentique Super-Minettsdapp, aussi international (USA) (8) en biologie qu’en arts graphiques, ils lui sont inspirés par le microscopique monde moléculaire qu’il fréquente au quotidien dans son laboratoire et qui aurait nourri son imagination créative. Ça ne vous rappelle pas, ce que j’écrivais plus haut sur « ces oeuvres représentant des êtres inspirés, dirait-on, de l’univers planctonique » ? Et pourtant rien n’apparente les expressions artistiques de ces deux passionnés du microcosme, que sont Irina et Philippe, sinon une raison à créer par vous, amis lecteurs, raison à laquelle le titre de cette expo donne tout son Sens. Oui, car c’est bien à vous, que revient le mot de la fin dans cette sempiternelle interaction artiste-spectateur au sein de l’oeuvre. À quoi cela vous servirait-il, que je vous dise que ses gravures reflètent la recherche d’esthétique et de beauté développée sur un travail de composition aussi complexe que précis, synchronisant collage, dessin, texture du papier, ainsi qu’exquise harmonie des couleurs ? The end is your choice !

Marie-Paule Feiereisen,

la troisième artiste de « The end is your choice », née à Luxembourg, mais vivant et travaillant à Paris, semble déployer à cette occasion sa créativité surtout dans les hautes sphères de l’abstrait. Je dis bien « semble », car la palette de l’artiste est bien plus complexe qu’il n’y paraît d’emblée. Cette palette de choix esthétiques, mais aussi techniques, est, si faire se peut, plus variée encore que chez ses deux co-exposants, ce qui n’est d’ailleurs nullement une comparaison qualitative. Le fait est, que la prise de risque s’en voit accrue d’autant. Mais le moins qu’on puisse en dire, c’est qu’elle s’en tire avec brio. Ses oeuvres s’épanouissent dans un vaste spectre de teintes fort sobres, frôlant souvent le monochrome, réalisées aussi bien sur du papier marouflé et des pigments sur toile de lin, qu’avec peinture aux pigments sur toile, peinture numérique sur toile ou autres. Quant à ce que je considère son chef-d’oeuvre « Corps noir » et à sa collection de 18 tableaux plus petits (max.50x50cm), c’est à y perdre son latin, ou à les découvrir de visu... tout simplement. Et je conclurai en regrettant autant, sinon davantage, que chez les autres artistes cités ici, de ne pouvoir, faute d’espace, qu’effleurer son travail, ses créations, son réalisé et son devenir, comme je le pourrais dans le cadre d’un article sur une expo en solo.

Giulio-Enrico Pisani

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1) Galerie Nosbaum & Reding, 2 + 4, rue Wiltheim – Luxembourg vieille ville, près du MNHA, ouvert mardi à samedi de 11.00-18.00 h. Expo « Heimatlos » de Barthélémy Toguo jusqu’au 12 janvier 2019 ; Expo « The end is your choice » de Marie-Paule Feiereisen, Irina Gabiani et Philippe Lamesch jusqu’au 5 janvier 2019.

2) Je pense que ma traduction libre rend mieux l’esprit de l’expo qu’un littéral « la fin est votre choix »

3) Chez Nosbaum & Reding, samedi, 5 janvier de 18 à 20 h

4) www.youtube.com/watch?v=-MhqWum1-o8

5) Chef du Fundraising Office au LCSB, Luxembourg Centre for Systems Biomedicine, de l’Université de Luxembourg

6) Gravure comportant des lignes ou des images qui ne peuvent être réalisées qu’une seule fois... (Wikipedia)

7) Extrait abrégé de mon article du 7 (http://zlv.lu/spip/spip.php?article21817) : « ... Je pensais savoir ce qu’est la peinture abstraite, non figurative, jusqu’à ce que je lui demande, devant l’un de ses tableaux, la signification de l’oeuvre et qu’elle, l’air étonné (c’est qui, cet amateur ?), me réponde, après une brève hésitation : « Aucune ! ».

8) Notamment dans les universités de la Côte Est comme de la Côte Ouest.

Marie-Paule Feiereisen

jeudi 13 décembre 2018