Jacques Schneider et sa Kritzel Fabrik

Fabrique de gribouillage! Et en deux mots. Kekseksa? Réponse ci-dessous et, pour plus de précisions, à Luxembourg ville, au n° 3, rue Jean Origer, 1ère rue à gauche de l’avenue de la Gare en venant de la gare, où vous trouverez sa (je cite l’artiste) «Kritzel Fabrik, lieu d’exposition, de création et de diffusion». Voilà tout un programme! «Mais pourquoi «gribouillage», façon ironique de parler dessin»? demandai-je à Jacques Schneider, après avoir promené un bon moment mon regard dans sa galerie. «N’êtes-vous pas photographe?». «Principalement, oui», me répond-il, «mais je dessine presque tous les jours. De plus, j’aime aussi peindre et combine souvent dessin, peinture, photographie, comme, par exemple, dans ma collection «La paix, l’Europe et la sidérurgie», 100 oeuvres (50 x 50cm) qui retracent l’histoire de la sidérurgie, exposées ici, à la Kritzel Fabrik dès fin 2016...».

Mais aussi ailleurs. Ainsi, 18 exemplaires de cette splendide collection furent notamment exposés en juillet 2017 au Parlement européen. Heureusement, de nombreuses prises de vue si caractéristiques de notre univers de l’acier peuvent toujours et encore être admirées à la Kritzel Fabrik, afin d’être redécouvertes et évoquer vos souvenirs, que Jaques Schneider semble, malgré son jeune âge, vouloir considérer également comme siens. Aussi, quoique pratiquant ses multiples arts avec une grande maîtrise, qu’il soit déjà apprécie jusque dans les plus hautes sphères du pays, ait été, ou soit, exposé dans de centaines de villes, ce jeune photographe autodidacte luxembourgeois né en France il y a une trentaine d’années est tout accueil sympa et simplicité.

L’explication, c’est lui-même, tout à la fois patriote, paneuropéen, ouvert au monde entier et exerçant sa profession avec soin et compétence (autant de qualités fort sérieuses!) qui nous la donne, lorsqu’il affirme s’amuser un max dans quasiment tout ce qu’il entreprend.

Et, franchement, c’est vraiment l’impression qu’il donne, mais non pas celle d’une gaieté futile, superficielle, ironique ou persifleuse, mais bien d’approche, d’ouverture à autrui, de générosité, tout comme d’amour de son pays et d’ailleurs. Cet ailleurs est un ailleurs qu’il connaît d’ailleurs fort bien, puisque depuis 2012 il n’a pas seulement présenté un grand nombre d’expositions dans des galeries, musées et institutions ici au pays, mais également u peu partout à travers le monde. On peut commencer par citer Bruxelles, Strasbourg, Lisbonne, Berlin, Istanbul, Tokyo, etc. Car il faut y ajouter «De Lëtzebuerger Fändel», projet artistique participatif réalisé à l’occasion de la fête nationale 2016 et ayant donné lieu à des expositions d’oeuvres à travers tout le Luxembourg ainsi qu’à l’international. Notre drapeau fut ainsi valorisé à Berlin, Vienne, Bruxelles, Beijing, Copenhague, Lisbonne, Madrid, Washington, Paris, Londres, Athènes, New Delhi, Rome, Tokyo, La Haye, Varsovie, Moscou, Berne, Prague, Bangkok, Ankara, Bruxelles, Genève, New York, Strasbourg, San Francisco, Shanghai, Ouagadougou, Praia (Plato), Abu Dhabi, Addis-Abeba, Pristina, Vientiane, Bamako et Dakar.

Vous l’aurez compris, amis lecteurs. Impossible de reprendre dans ces colonnes le détail des créations passées et présentes, d’ici ou d’ailleurs, de ce talentueux poly-artiste. Je me contenterai donc de vous signaler quelques-unes des principales oeuvres exposées dans la longue salle d’expo qui précède son atelier. Et là, celles qui m’ont le plus impressionné, sont celles de sa collection «La paix, l’Europe et la sidérurgie». À son sujet, Raphaël Ferber cite dans Femmes Magazine Jacques Schneider, qui lui confiait (et me le confirme aujourd’hui), ce qu’il voulait représenter: «La Passion, l’amour du travail bien fait, l’envie d’excellence, voilà l’atavisme qui regroupe les Hommes qui ont fait l’industrie sidérurgique et qui ont façonné l’Europe. Mon arrière arrière-grand-père photographia la construction des Hauts fourneaux sur le site de Belval. Aujourd’hui je fais comme lui, en rajoutant quelques traits de couleur... Chaque génération crée, s’inspire et imagine sur les bases du passé son futur...».

L’artiste a ensuite enrichi ce travail, en photographiant en 2016 une série d’images sur les sites d’Arcelor-Mittal, mais aussi en se basant sur des photos des archives de la Photothèque de la ville de Luxembourg. 

Concernant son autre maxi-projet, «du Drapeau...», «De Lëtzebuerger Fändel», véritable ambassade culturelle du Luxembourg de par le monde, on peut notamment lire (je résume) sur le site Internet du Projet (www.youtube.com/-watch?v=N8Bw5n-6ShA), que «Jacques Schneider est un artiste (...) engagé, qui prône la tolérance, l’ouverture d’esprit, la cohésion nationale (...) «le vivre ensemble». Ainsi, à travers ses oeuvres, l’artiste s’efforce de créer un lien culturel et social entre les 170 nationalités qui vivent sur le territoire du Grand Duché de Luxembourg. L’artiste est très attaché au processus même de la création. (...) Depuis de nombreuses années (...) il mêle art photographique et art pictural à l’aide d’une technique qui lui est propre (...) Cette année (2016), pour la célébration publique de l’anniversaire de Son Altesse Royale Le Grand Duc, il a imaginé et réalisé, seul, une oeuvre monumentale, qui prendra la forme de dizaines de drapeaux (luxembourgeois) géants, afin de valoriser ce qui à ses yeux a le plus de valeur, l’Humain (...)

L’artiste a consacré deux mois à photographier des milliers de personnes qui vivent, travaillent ou aiment le Luxembourg. Pour ce faire il a organisé sur tout le territoire des prises de vue de portraits dans des lieux aussi divers que les gares, les bureaux de poste, les marchés, les entreprises, les usines, les hôpitaux..., mais également dans des institutions telles que l’Armée, les Douanes et Accises, la Police, les Pompiers, les Secours... Chacun de ces portraits en noir et blanc a ensuite été peint dans une des trois couleurs du drapeau national, les portraits «kritzelisés» assemblés comme d’immenses mosaïques forment ensemble les drapeaux, objets de l’oeuvre...».

L’un de ces drapeaux, composé d’un grand nombre de portraits de personnes ayant choisi de vivre chez nous, au pays, occupe à présent presque une paroi entière de la galerie, où vous pourrez l’admirer, ainsi que le détail de chaque travail, tout à votre aise. Il s’agit de portraits qui sont animés, expressifs, vibrants de vie, parmi lesquels vous figurez, ou pourriez figurer, même si vus n’y êtes pas. Voilà pourquoi une visite à la Kritzel Fabrik (ouverte du lundi au samedi, de 11 à 18 heures) n’est à manquer sous aucun prétexte!

Giulio-Enrico Pisani

«La paix, l’Europe et la sidérurgie»

Freitag 8. März 2019