Pop & Street art selon Retsin

En fait, le titre complet de l’exposition de Gilbert Retsin, que nous présente aujourd’hui la Galerie Schortgen se lit «Visions of Street art and pop culture», que je ne pense pas avoir besoin de vous traduire. Encore pourrait-on placer «Timeless» (intemporel) devant «...Visions...»? Quand à vous expliquer pourquoi, envers et contre toutes les modes et tendances d’art contemporaines, la galerie Schortgen continue à exposer si fréquemment du pop art, la réponse st simple: ça plait. La grande époque pop a beau être passée. Andy Warhol, Roy Lichtenstein, Robert Rau­schenberg, Jasper Johns, Marcel Duchamp, et James Rosenquist, peuvent bien glisser vers l’oubli et même Niky de Saint Phalle ou autres Jeff Koons perdre de leur actu surfaite, même grotesque. Certains genres de pop renaissent, continuent à surgir, se renouvellent, voire se maintiennent, chez nous, au Grand-duché, envers et contre tout et on les retrouve assez fréquemment chez Schortgen, rue Beaumont.

Certains artistes parmi ceux que je vous ai déjà présentés me reviennent aujourd’hui à l’esprit. Vous rappelez-vous de Clemens Briels, Mo Morisson, Sylvain Lang, Cédrix Crespel, ou Jörg Döring? Il y en a eus aussi bien d’autres, parfois dans d’autres galeries; mais aujourd’hui, celui que nous retrouvons après une absence de plusieurs années, c’est Le maître par excellence du «souvenirs, souvenirs...», Gilbert Retsin (ou Retsin tout court. Pour faire court?). Ce fut à l’occasion d’une exposition collective en août 2008 à la galerie Schortgen, que je pus me réjouir la première fois devant son savoir-faire et la vivacité de ses tableaux. Cependant, les quelques oeuvres de lui, que je dus me contenter d’admirer à cette occasion, ne me permirent aucunement de prendre toute la mesure de cet artiste aussi réjouissant que captivant.

Né en 1951, Retsin vit et travaille à Bruges, participe à de nombreuses expositions de groupe ou individuelles et voit ses oeuvres exposées dans de nombreuses collections privées, notamment en Belgique, en France, en Allemagne, aux Pays-Bas, au Luxembourg et aux États-Unis. C’est principalement par l’étude et la pratique des arts graphiques, que Retsin a acquis les différentes techniques qui lui permettront de se lancer à partir de 1980 dans la réalisation d’affiches publicitaires, du design, du graphisme et de la publicité pour les entreprises de mode. Mais il faudra attendre la fin des années quatre-vingt, pour qu’il commence à s’orienter essentiellement vers l’art. À partir de 1992, il parvient enfin à s’y consacrer à part entière et s’y épanouira aussi bien par de nouvelles recherches qu’en une adroite et souvent géniale symbiose entre des techniques contemporaines et différentes disciplines: peinture traditionnelle, photographie, dessin, surcharge picturale et j’en passe.

Dans ses tableaux, Retsin obtient une forte densité de l’imagerie et des sujets, notamment grâce à la création d’un mélange de scènes et d’images inspirées surtout des médias, ainsi qu’en réalisant des collages à partir de bandes dessinées, de coupures de magazines, de spots publicitaires, de chiffres et de lettres et textes divers. Ajoutez-y son propre imaginaire, tout comme ses projections subliminales, ses souvenirs et vous obtenez les éléments fondamentaux de ce qui tient souvent d’une véritable poésie graphique et picturale. L’artiste ne s’en contente toutefois pas, bien sûr et, tout en poursuivant dans cette voie, développe sans trêve ses recherches picturales et techniques. Ce sera tout d’abord l’acrylique par sa flexibilité, ainsi que les collages par les éléments décoratifs qu’ils lui apportent, qui remporteront ses premières faveurs.

À partir de 1998, il réalise également des peintures partiellement calquées sur des posters, ainsi que sur des modèles photographiques de stars du cinéma et de pinups passe-partout. Il découvre très souvent, mais non exclusivement, ses thèmes de prédilection dans la culture médiatique et de la publicité de cinéma, l’accent étant mis sur l’influence toujours croissante de l’américanisme de l’époque et de sa culture po­pulaire, mais aussi du roi US-dollar et de ses dérives. Ses tableaux se font alors plus insistants, plus affichés, allant parfois jusqu’à la satire, voire à simuler des erreurs. Progressivement sa technique deviendra celle de la «double peinture». C’est-à-dire qu’une fois la toile terminée, il la gratte jusqu’à pouvoir réaliser des effets précis de composition et de retouche, obtenant ainsi un résultat rongé, effrité, qu’il appellera le «distressed».

Retsin oriente à présent son travail principalement vers l’exhibition des différents aspects de l’iconographie américaine populaire, du capi­talisme consumériste et du star-system. Le motif de Marilyn Monroe est l’un des exemples type qui le font renouer avec cette tradition des grands artistes du Pop art. Chez notre Brugeois, il y a de l’ironie, sans doute, de l’indulgence surement, une certaine tendresse peut-être. Quoiqu’il en soit, de son point de vue, la peinture d’affiche ne se dissocie pas de l’art. Aussi affirme-t-il: «Ce qui m’attire dans l’iconographie américaine et son caractère typique, c’est le pluralisme de sa culture, sa liberté, son optimisme. La fascination exercée par les médias et la publicité, les affiches, la peinture de cinéma, les plaisirs de la trivialité, le sens à la fois de la réalité et de la simplicité et par-dessus tout son côté entertainment».

Resté grâce à sa peinture, ses collages, dessins et compositions un éternel gamin de cette époque, Retsin en est devenu désormais tout à la fois le chantre et le critique. Et je suis plus que certain, que vus retrouverez avec un plaisir sans réserve, inscrits dans différentes versions aussi esthétiques qu’imaginatives et pleines d’humour, quantité de vos propres souvenirs (ou ceux de vos parents) des années cinquante et soixante. Vous revoilà par exemple devant de vrais acteurs comme Clint Eastwood dans «For a few dollars more», Audrey Hepburn, Charly Chaplin, ou imaginaires comme Betty Boop et Mickey Mouse, mais aussi de célèbres réclames (champagne, parfums, Coca, etc.) de l’époque, de mythiques voitures de course au grand prix du Zoute ou à Silverstone. Vous découvrirez également des sujets plus classiques, comme des fantaisies sur la Vénus de Milo ou le Penseur de Rodin. En fait, c’est toute l’exposition qui est une charmante fantasia, amis lecteurs. À ne pas rater!

Giulio-Enrico Pisani

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1) Galerie Schortgen Artworks, 24, rue Beaumont, Luxembourg centre. Exposition mardi à samedi de 10h30 à 12h30 et de 13h30 à 18h. jusqu’au 25 mai.

Betty Boop Chiquita

Freitag 3. Mai 2019