Arthur Unger, le magicien de Merl

Tout n’est-il en fin de compte dû au hasard? Et c’est bien par hasard que je suis tombé sur Arthur Unger, cet étonnant artiste tant honoré et reconnu à l’étranger et surtout en Chine populaire, mais méconnu au Luxembourg et notamment par moi, qui ne vis pourtant qu’à 15 minutes à pied de son mystérieux repaire. Mi-atelier-mi-laboratoire, c’est dans ce pigeonnier haut perché en pleine verdure sur l’aire d’une ancienne ferme au bord de l’Alzette, où j’ai grimpé par un antique escalier, que cet Artistopanoramix bon-pied-bon-oeil quasi-nonagénaire m’a dévoilé une part des secrets d’un peintre qui n’est pas un ou bien davantage. Vrai que l’absence de chevalets, toiles, palettes, pinceaux, couteaux et tubes de couleur a de quoi étonner. Je découvris par contre plein de rouleaux de feuille de cuivre, des chalumeaux, l’un l’autre outil mystérieux et plein d’oeuvres en cours et réalisais enfin de visu la réalité de certains jeux chromatiques «impossibles» entrevus sur Internet. Ce fameux «hasard», donc, fruit d’un post sur Facebook, qui ne m’était pas particulièrement destiné, finit par me faire lancer, comme à la sortie d’un tunnel d’ignorance, un véritable Euréka.

Si, tel Archimède, j’avais été plongé dans mon bain, j’en serais surement jailli comme un diable de sa boîte, mais vu la hauteur du colombier, c’eût été suicidaire. Aussi, ne brûlerai-je pas les étapes et commencerai par le début, c’est-à-dire ce qui précéda ma découverte mardi 16 juillet 2019 d’un magicien-alchimiste extrayant peu à peu, avec une flamme aussi fine qu’une pointe de crayon, des scènes finement polychromes et vibrantes de vie, du métal d’où elles semblaient aspirer à leur libération depuis la nuit des temps. Certes, comme pour toute présentation d’artiste à mes lecteurs, je ne m’étais pas lancé aveuglement à la découverte de cet amant de la terre, de l’eau, du ciel et du feu. Non, car m’étant largement servi, en guise de hors-d’oeuvre, un peu partout sur Internet et particulièrement sur son site personnel fort bien documenté, je n’étais pas tout-à-fait impréparé à l’émerveillement qui m’attendait chez Arthur Unger.

J’y avais en effet appris que, déjà techniquement parlant, ses créations ont ceci de particulier et quasiment d’unique (1), que l’artiste ayant largement délaissé la pratique picturale traditionnelle s’exprime depuis les années 1970 par un procédé inédit. Ce procédé, qui dépasse les méthodes classiques de peinture, puisque l’oeuvre d’art naît de la matière et du feu, il l’appelle pyrochimiogramme sur cuivre. Là, cela devient tout à la fois magique et génial, car Unger transpose notamment ses visions du continent africain, où le minéral et le végétal, l’animal et l’humain sont transcendés, dans la matière par la flamme du chalumeau aux mains de l’artiste en oeuvre d’art d’une force rare. Par ce procédé, où la feuille de cuivre remplace la toile, les couleurs obtenues par l’incidence du feu du chalumeau sur le métal naissent, s’épanouissent et se déploient de manière incomparable.

Ai-je parlé de procédé? A-t-on parlé d’Afrique? Eh, oui, mais il y a en fait bien plus à dire encore, c’est sa vie entière, qui seul peut vous faire comprendre l’ oeuvre d’Arthur Unger. Ne sachant rien de ce parcours, essentiel, même si son récit peut vous paraître longuet, je ne puis vous en rapporter que ce qu’il m’a relaté et ce que j’emprunte à son site https://arthur­unger.com/, où vous pourrez le lire en détail. Né en 1932 à Luxembourg, où il vit et travaille actuellement, il part, après ses études au pays et à Bruxelles, en 1956 pour le Congo (jadis) belge, où il vivra près de cinq ans chez les Lunda et les Baluba. Ce long séjour, aura une influence déterminante sur son oeuvre. En 1963 il s’installe à Paris; s’y confronte à la vie artistique et réalise ses premiers dessins et gouaches. De retour à Luxembourg en 1968, il poursuit son aventure picturale avec des encres de Chine et développe son procédé de peinture sur cuivre électrolytique, obtenant ainsi des couleurs chaudes et veloutées que ne permet nulle autre technique. En 1970, il rencontre à Paris le grand critique d’art Michel Tapié (2), qui le soutient activement dans ses recherches et lui consacre une monographie.

De 1983 à 89, retour aux sources africaines, avec des voyages au Sénégal, fertiles en créations, entrecoupées d’encres de Chine; un premier clin d’œil à l’orient? En 1989, le Paris Art Center édite «Unger l’Africain» de Ante Glibota (3), un ouvrage sur l’aventure picturale d’Arthur Unger, qui travaille alors à une série de très grands formats de peinture sur cuivre ayant pour thème le feu et les masques. Depuis 1996, influencé par ses voyages au Mali, il créé une série d’oeuvres inspirées des Cavaliers Dogon. En 1999 a lieu au Musée d’Histoire de la Ville de Luxembourg, la présentation de l’ouvrage bibliophilique «Beauté Inversée» (4) de Fernando Arrabal et Arthur Unger, postfacé par Ante Glibota. En octobre 2001, le Toit de la Grande Arche de la Défense de Paris présente une importante rétrospective consacrée aux œuvres sur cuivre, aux sculptures, totem et à diverses oeuvres d’Arthur Unger, accompagnées d’un grand nombre de livres rares illustrés par lui. À cette occasion fut publié un livre intitulé «Arthur Unger, Aux Sources de l’Archée» d’Ante Glibota.

En 2004, l’aventure artistique d’Arthur Unger se poursuit en Chine où une vaste exposition rétrospective a lieu en mai au Musée d’Art Moderne Guan Shanyue de Shenzen, puis en juillet au Musée d’Art Moderne Liu Haisu de Shanghai et en mai / juin 2005 au Musée du Millénium à Pékin. En 2008, il participe avec une oeuvre de très grand format à une expo itinérante intitulée «Sport dans l’Art» en vue des Jeux Olympiques à Pékin. En 2010, Ante Glibota organise la plus grande rétrospective d’Arthur Unger à l’Abbaye Neumünster à Luxembourg avec plus de 250 œuvres. De 2014 à 2016, il expose dans la Galerie Adrienne Despiolles dans l’ancien château de Bernard Buffet en Normandie, à la Galerie Hurtebize à Cannes, à la Bruxelles Art Fair et à la Antibes Art Fair. Suit en 2017, une autre grande expo rétrospective à l’Espace H2O à Differdange et il participe avec 20 artistes chinois et européens à la Phoenix Art Exhibition de Fenghuang (5) (Chine) où il obtient le prestigieux Phoenix Art Price. En 2018, il participe à l’expo «d’Encre et de Couleur» à la Galerie Hessler avec Zao Wou-Ki et Théo Kerg.

Mais tout ce que j’écris ne signifie pas grand-chose pour vous, comparé à une visualisation matérielle de ses magnifiques pyrochimiogramme sur cuivre, ou même de ses splendides encres de chine, qu’il ne crée hélas plus très souvent. Certes, si les reproductions de ses oeuvres dans notre bonne vieille Zeitung vous inspirent, vous pouvez, comme moi avant de rencontrer Unger, aller en admirer quelques-unes sur son site Internet et en avoir un bon aperçu. Cependant, tout cela ne vaut pas le vrai, le concret, le rayonnement quasi-magnétique de réalisations qu’on ne peut admirer que dans son atelier ou lors d’une exposition, par exemple, en galerie. Par conséquent, le mieux à faire dans ce sens est de contacter l’artiste sur la dernière page de son site, intitulée «contacter Arthur» (6), afin de connaître ses prochaines expositions, voire d’obtenir...

Giulio-Enrico Pisani

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1) Je n’ai rien trouvé de semblable, ni dans mes livres d’art, ni sur Internet.

2) Critique d’art français de 1er plan. Il fut aussi musicien, peintre, sculpteur, organisateur d’expositions et théoricien de l’art avec une influence internationale (Wikipedia).

3) Critique et historien d’art renommé, auteur de nombreux ouvrages ; www.amazon.fr/Livres-Ante-Glibota/s?rh=n%­3A301061%2Cp_27%3AAnte+Glibota
4) Magnifique ouvrage composé de 25 poèmes inédits du dramaturge et poète Fernando Arrabal, de 71 reproductions de lavis d’Arthur Unger et d’un bref essai d’Ante Glibota).

5) Organisée par la China National Painting Academy.

6) Lien direct : https://arthurunger.com/contacter-arthur/

(Foto: Arthur Unger)

Montag 22. Juli 2019