Jörg Döring : des Bis sans fin ?

Cette fois j’ai longuement hésité avant de me hasarder dans cette nouvelle présentation, en fait la énième du peintre, graveur, collagiste de talent, ainsi que maître es techniques mixtes et Pop art de Düsseldorf, Jörg Döring. Il se peut en effet que bon nombre parmi vous commencent à connaître son travail par coeur... Ou bien ? Après mûre réflexion, c’est le « Ou bien » qui l’a emporté dans mon esprit, parfaitement conscient que l’un ou l’autre parmi vous pourrait n’avoir découvert notre journal que récemment, ou bien d’autres encore ne pas avoir lu les numéros où il était question de cet artiste. Soit dit entre nous, il n’y a pas de honte. Cela arrive même à nos lecteurs les plus assidus et avides de culture, surtout les jours où ils n’ont pas entendu leur réveille-matin et se sont précipitées au boulot, la dernière gorgée à peine descendue et le dernier bout de tartine à la main, en omettant d’ouvrir leur boîte à lettres.

De plus, me suis-je dit, en nous comparant, nous les Luxembourgeois, au public d’un grand spectacle, pourquoi un artiste connaissant un tel succès n’aurait-il pas droit à un ou plusieurs Bis tant que les spectateurs-auditeurs ne seraient pas lassés de battre des mains et l’ovationné de revenir sur scène ? C’est en tout cas ce qu’on a l’air d’estimer à chez Schortgen Artworks (1), puisque depuis sa première exposition dans leur galerie à Esch/Alzette en 1999, Jörg Döring a eu droit à une série impressionnante de Bis. Rien que depuis 2007, année où je fis la connaissance de cet artiste dans leur galerie de Luxembourg, rue Beaumont, Döring est déjà venu y exposer huit fois. Ce fut d’abord tous les 2-3 ans, puis, depuis 2014, annuellement...
Voilà une belle performance et tout-à-fait de saison, me suis-je encore dit, tout en fredonnant la fameuse chanson enfantine « Alle Jahre wieder kommt das Christuskind... » (Tous les ans revient l’Enfant Jésus...) apprise durant mes deux années de primaire en Suisse alémanique. Mais à part le fait, qu’hormis celle des tableaux inspirés de Disney, l’imagerie exposée n’est pas vraiment du style enfantin (sourire), tout en ayant pour moi un petit côté vintage, je me pose la question :
retour triomphal, ou simple répétition ? Quand le premier Bis devient le 7ème et à l’avenir – qui sait – le 10ème ou plus encore ? Horace n’avait-il pas déjà observé que « ... telle œuvre ne plaira qu’un temps, tandis que telle autre répétée dix fois plaira toujours (2) » ? Dans ce « cas » nous serions donc confrontés à la seconde espèce...
Certes, le style Döring n’a pas fondamentalement changé. Il continue à puiser allègrement dans les années soixante, Steve Mc Queen, B.B., Lucky Luke (le vrai, avec sa clope), et autres stars rétro réels ou de bande dessinée en prime, le tout épicé ci et là de glamour, voire d’érotisme très soft. Cependant son inventivité ne connait apparemment pas de limites. Il ne cesse de se renouveler, apportant constamment de nouveaux personnages à son répertoire, tout en continuant à donner vie à bon nombre d’anciens, mais accompagnés de nouvelles mises en scène et touches picturales, tout comme de textes caractéristiques originaux. J’ai quand même noté un rétropédalage partiel par rapport à son récent système de vernis haute brillance appliqué tous azimuts. Cela plaisait, est-il vrai, à d’aucuns, mais nombreux furent ceux qui, malgré la protection supplémentaire apportée aux toiles et leur nouveau brillant, lui préféraient le mat. C’est donc chose faite pour nombre d’œuvres.

Et c’est ainsi que Jörg Döring nous revient depuis une vingtaine d’années déjà, encore et encore, d’abord tous les deux à trois ans, puis de plus en plus fréquemment. La période maîtresse du Pop art a beau avoir été située par les experts dans les années 1950 - 60, notre poly-artiste fait de la résistance. C’est qu’il rencontre toujours autant de succès qu’il y a vingt ans et, vu la qualité de son ouvrage et son aisance à nager comme un poisson dans l’eau à travers les lumières du « souvenirs-souvenirs » de la grande époque cinématographique, on ne le voit pas près d’affronter d’autres aventures. Ceux parmi vous, amis lecteurs, qui ne le connaîtraient pas encore s’en rendraient d’ailleurs vite compte en lisant les articles que je lui ai déjà consacrés par le passé. Aussi ne me reste-t-il plus à présent qu’à y renvoyer les plus curieux parmi vous, qui pourront en trouver plusieurs sur internet (3), où notre Zeitung les a également publiés. Mais complétons tout de même encore ce bref aperçu par la présentation de la galerie.

« Jörg Döring est né en 1965. L’artiste a commencé à peindre dès son adolescence. Très vite il est devenu artiste-peintre professionnel, ceci en 1985. Dans les années 90, il est reconnu pour ses peintures surdimensionnées de héros de bandes dessinées tels que Mickey Mouse et Donald. Depuis près de 15 ans, Jörg Döring s’intéresse plus particulièrement à la technique de sérigraphie sur toile, sans jamais abandonner la peinture « traditionnelle ». Ses œuvres consistent en grande partie en une superposition de plusieurs impressions sérigraphiques appliquées à la main et rehaussées à la peinture.

Ses oeuvres sont riches en couleurs, mais jamais criardes. Elles font tout au contraire la part belle au sfumati et aux nuances. L’artiste allie également la sérigraphie aux patines et à la peinture acrylique. Dans ses tableaux, l’artiste aime nous transmettre quelque chose de familier et laissant rêveur, comme New York, Hollywood, les grandes icônes du cinéma américain et européen, tels que Brigitte Bardot, Andy Warhol, Romy Schneider Ursula Andress, Marilyn Monroe, Sean Connery, pour n’en citer que ceux-là... Il joue avec les images, les couleurs, les mots et les combine pour nous livrer un reflet de notre culture (?). Ses oeuvres expriment de l’optimisme et de l’énergie positive, de l’humour et laissent libre cours à l’imagination ». ... Conclusion : tout comme elles font appel à votre imagination, elles vous rappelleront en même temps bien des souvenirs. Il ne vous reste par conséquent plus qu’à vous rendre sur place visionner cela de plus près et les rafraîchir, ces souvenirs.

Giulio-Enrico Pisani

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1) Galerie Schortgen Artworks, 24, rue Beaumont, Luxembourg centre. Exposition Jörg Döring, de mardi à samedi de 10h30 à 12h30 et de 13h30 à 18h. Jusqu’au 18 décembre

2) Dérivé de la phrase (vers 365) de l’Art Poétique d’Horace (1er siècle a.C)

3) Par exemple http://zlv.lu/spip/spip.php?article4262  ; http://zlv.lu/spip/spip.php?article6773 ou http://zlv.lu/spip/spip.php?article19689

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vendredi 22 novembre 2019