Voyage dans l’espace-temps avec «Timeless Tales II»

Belle excursion dans ces «Contes hors du temps» et autres univers parallèles, que Madame Paris, directrice de la galerie Cultureinside (1), nous propose aujourd’hui à travers les tableaux de Marcin Owczarek, Adam Martinakis et Miss Aniela, véritable bouquet d’art digital, de collages et photographie! En effet, ainsi que l’annonce le titre, ce n’est pas au service de la réalité que ces artistes mettent leur créativité, mais de l’imaginaire, du surréel et du fantastique, tels que leur symbolisme reflète nos souvenances occultées, peurs, frustrations, passions et pulsions profondes. C’est tout un panorama d’histoire, légendes, poésie, amour et humour, que découvre le spectateur qui, tel Alice au pays de merveilles, ne craint pas de s’aventurer sans ces trois divers univers envoutants, à commencer par les rêveries style Baroque, Rococo, ou simplement extravagantes de la photographe anglaise

Miss Aniela,

Natalie Dybisz de son vrai nom. Non satisfaite de photographier ses sujets de manière parfaitement fidèle, elle les enrichit aussi de sa débordante imagination, de ses fantasmes et sans doute un peu des nôtres. Aucune distance ne l’arrête, ni dans l’espace, ni dans le temps. Prenez par exemple son tableau «Bloom Face»! Elle ne se contente pas d’avoir photographié le ravissant et sensuel visage d’une jeune beauté.
Non, elle le peint du front jusqu’aux lèvres d’une exu­bérante floraison de poésie féérique, végétale et animale, jungle digne des contes les plus fous de notre enfance. Là, entre les deux yeux, discrète, presque honteuse au milieu de cette flamboyance, elle insère, une «vanité» (2) (le crâne, de la tradition picturale baroque). L’artiste ne se soumet toutefois à aucune époque. Plutôt Rococo, dans cet autre tableau, l’arle­quine tristounette parmi ses animaux dans «Circus Circus» cède plus loin au débarras d’antiquités qu’occupe une magnifique girafe et intitulé «High & Hungry 2». Exception: près de cette luxuriante imagerie on découvre dans son «Paper Birds» une très sobre, aérienne, monochrome, plutôt néoclas­sique femme-rêve.

Basée à Londres, Miss Aniela a obtenu un First Class Bachelor of Arts in English & Media de l’Université de Sussex (Angleterre). Dès obtention du BA on lui a offert des expositions individuelles à Londres et Madrid. Sa photographie a été présentée un peu partout à travers le monde et ses oeuvres ont été publiées dans de nombreux média et magazines de niveau international, comme N.-Y. Arts, El Pais, ALARM Magazine Chicago, Vogue Italia, BBC, and American Photo. Elle est également l’auteur de deux livres de photographie, a tenu des discours à l’occasion des foires et des conférences sur le flou des frontières entre l’art et la réalité, ainsi qu’entre les outils modernes et l’artisanat classique à notre époque qu’elle tressent comme porteuse d’une nouvelle vague d’art contemporain.

Adam Martinakis,

lui, artiste visionnaire, féru de numérique et de nouvelles images, s’est tourné après ses études de design industriel vers l’art digital, dans lequel il a atteint une excellence rare. Ses «sculptures» bidimensionnelles sont en fait des images de synthèse avec un rendu 3D. Elles représentent des êtres à la vigueur vulnérable, empreints d’une force contenue, comme fragile, i.e. d’une énergie qui semble toujours prête à se briser, mais se dépasse en de puissantes évocations chargées ci et là d’un érotisme à peine contenu. Conçues en tant que sculptures numériques, elles sont ensuite ramenées par cet avatar de Faust qu’est Adam Martinakis à des oeuvres bidimensionnelles, où persiste visuellement la troisième dimension.

Projeté sur feuilles (panneaux) Diabond (3), l’univers sculptural imaginaire, sensuel et visionnaire de l’artiste accroche le spectateur par ses multiples facettes. Chacune de ses images projette dans l’espace est une vision magnifiée et sublimée de sa créativité, toute harmonie des formes et des corps avec leurs tensions et contorsions. Ci et là, comme dans sa série «Erotic void», il n’hésite pas à quasi-dématérialiser les corps, les ramenant à leur dynamique existentielle. «J’imagine l’art comme un pont,» nous confie-t-il, «une con­nexion entre l’esprit et la matière, le vivant et l’absent, le particulier et l’universel. Mon but est d’explorer l’inconnu, la lumière et les ténèbres (...) Je compose des scènes de ce qui doit encore naître, qui est mort, qui est vivant et qui est absent, immergé dans la métaphysique de la perception» (4) ...Ou quelque part entre les deux, comme dans son couple imbriqué de «Untitled», ce tableau dont le titre appartient au spectateur.

Né à Lubań, en Pologne en 1972, Adam Martinakis émigre en 1982 avec ses parents à Athènes. Là il s’inscrit au TEI, Institut Éducationnel technologique, où il étudie architecture d’intérieur, arts décoratifs et design industriel. Après son diplôme, il entre aux Beaux-arts à Thessalonique. Cependant, ses études sont traversées par un énorme travail personnel dans bien d’autres domaines de l’art, ces activités et recherches d’autodidacte s’intégrant pleinement dans sa formation. À partir de 2000, il expérimente l’art numérique sur la sculpture et les images digitales en 3 dimensions, l’animation, la vidéo digitale et les nouveaux médias. C’est donc grâce à cette vaste formation, ajoutée à son talent, qu’il vous fait accéder aujourd’hui à nombre d’univers parallèles!

Marcin Owczarek,

le troisième artiste de notre brelan digital, nous ouvre encore un autre domaine de l’imaginaire. Mais, contrairement à Martinakis, il ne désincarne pas les corps, ni les dématérialise ou les sublime. Owczarek rend, au contraire, la matière dans toute sa plénitude et illustre rêveries, contes et légendes avec un strict photoréalisme et au moins autant d’humour scénique que Miss Aniela. Fasciné par les nouvelles technologies dans l’art, il pratique le collage digital qu’il réalise en mélangeant des centaines d’éléments extraits de peintures et de photos vintage. Puis il les met en scène grâce au numérique, ainsi qu’il l’illustre fort bien dans sa série inspirée du déluge. Dans «Arc» il sauve des flots une ville médiévale entière pleine d’animaux dans une grosse barcasse d’époque indéfinie. Dans la variante «Life is an island» il embarque part de sa ménagerie féérique, un zeste de lune inclus, sur un grand cygne blanc (5) et, le déluge passé (?), lui fait emprunter dans «In search of Utopia» une «belle» américaine vintage plutôt mal en point.

Dans ses oeuvres, Marcin Owczarek crée une atmo­sphère singulière autour du paradoxe entre peur du temps qui fuit irrémédiablement et espoir en l’immortalité de l’âme. À ce fin, il utilise les symboles de la nature, comme les oiseaux, un de ses motifs récurrents. Grâce à ses diverses allégories, ses tableaux reflètent l’humain, dans ce qu’il a de plus profond, à travers de surprenants pots-pourris de légendes, d’observations actuelles et d’anticipations.

Né en 1985 en Pologne, Marcin Owczarek, a étudié au Collège de Photographie de Wroclaw, dont il est diplômé avec distinction du cycle «Les meilleurs du monde». Aujourd’hui, il vit et travaille en Belgique. Présent depuis 2012 à maintes expositions individuelles et collectives, l’artiste a également participé à de nombreuses foires d’art, comme Art Paris; London Art Fair; FNB Joburg Art Fair, Johannesburg (S.A); Ostrale Dresden, International Biennale of Contemporary Arts (RFA); Cape Town Art Fair, (S.A.) et Warsaw Art Fair, Royal Castle, Poland. À l’instar d’Adam Martinakis et de Miss Aniela, Marcin Owczarek est un artiste à découvrir sans faute.

Giulio-Enrico Pisani

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1) Cultureinside gallery, 8, rue Notre-Dame, coin rue des Capucins, Luxembourg centre, tel. 621.241243, expo jusqu’au 4 avril, de mardi à vendredi, de 14h30 à 18h30, et samedi de 11 à 17h30.

2) … ou «memento mori» (souviens-toi que tu mourras), souvent inséré par les peintres du Baroque (+/- 17e siècle) inséraient souvent au sein de la richesse de leurs natures mortes et portraits, afin de rappeler la vanité de cette richesse et le côté éphémère de la vie.

3) Le Diabond, ou ACP (Aluminium Composite Panel) est un panneau en PVC de 3 mm revêtu de feuille d’aluminium.

4) Traduit librement de l’anglais.

5) Le cygne représente, entre autres, le symbole celtique de la délivrance ou/et de l’immortalité.

Marcin Owczarek : In search of Utopia

Freitag 13. März 2020