Aldringen en joie ?

Oui, qu’est-ce qu’est cette nouveauté? me demandai-je lorsque mon fils me signala l’existence d’une galerie d’art dans le nouvel immeuble Royal-Hamilius. Côtoyant d’habitude cette espèce de parallélépipède de béton par le Boulevard Royal et la Grand-rue, je n’avais pas pensé à ce jour qu’il pouvait contenir autre chose que la FNAC, ainsi que ces Galeries Lafayette dont nombre des vendeurs descendent d’après leurs manières du célèbre marquis. Fait est, que notre nouvelle IN JOY Fine Art gallery au nom tellement charmant car signifiant non seulement «en joie» à la lecture, mais aussi promettre jouissance à l’écoute (enjoy signifie jouir), occupe le côté Rue Aldringen du bâtiment dans cette modeste rue donc, que la Poste centrale a quitté, la rendant, du moins pour l’heure, peu passante.

Voilà donc une raison supplémentaire de vous signaler cette galerie d’art de la joie, en attendant qu’en 2023 ou 24 (Let’s have a dream) l’hôtel des postes renaisse comme centre-boutiques-hôtel-tout-court et fasse revenir la rue Aldringen à son ancienne «splendeur». Autre particularité, m’explique la charmante galeriste: pour l’heure, elle ne pratique ni de vernissage, ni invite d’artistes à être exposés durant une période limitée, comme la plupart des galeries de ma connaissance, mais bien... Et puis non, fraîchement établis, je ne pense pas qu’ils puissent déjà être sûrs d’une ligne précise, mais qu’ils vont un peu voir d’où souffle le vent. Mais laissons-les s’expliquer et se présenter:

«IN JOY Fine Art se donne pour mission de représenter les plus grands artistes contemporains établis, mais aussi de vous faire découvrir des talents émergents. Par le biais d’expositions temporaires et d’évènements ponctuels, la galerie travaille à la diffusion ainsi qu’à la promotion de l’art contemporain. Notre équipe d’experts se fera un plaisir de vous transmettre leurs connaissances et leur passion lors de votre visite dans ses deux galeries. La première située dans un centre commercial récent dans le nouveau quartier de la Cloche d’Or à Luxembourg et la seconde - ouverte en 2020 - dans le quartier Royal Hamilius en plein coeur de Luxembourg-Ville.» (1). Et ici, la star de l’expo, c’est aujourd’hui

Cédric Bouteiller.

Né en 1970 à Rognac, dans le sud de la France, Cédric Bouteiller vit et travaille dans le Midi. Au lycée, illustration et expérimentation graphique le portent à s’inspirer d’artistes comme Gustave Klimt ou Salvador Dali. Il s’adonne de plus en plus à la peinture et là surtout pour la texture travaillée au couteau ou à la spatule. Ses tableaux, des techniques mixtes au sens très large, sont ouverts à toutes les expérimentations et composés d’une multitude de peintures, photomontages, collages de produits et matériaux divers réunis, superposés, fusionnés, recomposés, oxydés et dieu sait quoi encore. C’est tout à la fois en véritable alchimiste de l’art et en chef d’orchestre d’harmonies graphiques et chromatiques que Cédric vous projette sur de grands tableaux à échelle d’intérieur ses riches créations d’authentique maître des vastités du Street art, à l’univers encore tout plein de ses références de jeunesse, ainsi que de la Pop-culture.

Il vous sera aisé de réaliser au premier regard sur n’importe laquelle de ses oeuvres exposées, que je n’exagère en rien les qualités et les horizons de la plupart d’entre elles, dont le vaste spectre va de l’abstrait jusqu’au figuratif, et là du pop drôle au glamour en passant par l’expressionnisme dramatique. En témoigne notamment le succès rencontré depuis une douzaine d’années dans des douzaines d’expositions à travers la France, ainsi qu’en Angleterre, Belgique, Italie, Suisse, Grèce, aux USA... Tenez! Je m’apprêtais à vous parler du chef-d’oeuvre qu’est «Kate-rose» le magnifique portrait d’une belle inconnue au charme irrésistible, lorsque la galerie m’informa qu’il venait d’être vendu. Mais qu’à cela ne tienne; «Kate-Moss-Sensual» est venu le remplacer. Toujours type charme, à dominante mauve, mais moins riche et complexe que l’autre, il se rachète par sa simplicité quelque peu «Pop-Döring» et une extraordinaire sensualité. Je vous ferai cependant une confidence: quoique davantage attiré par le figuratif, j’ai été absolument enchanté par ses tableaux semi-abstraits comme ce magistral pot-pourri qu’est «Pop Lover» et abstraits comme «Océan» et «Trans-Aperçu», deux authentiques chefs-d’oeuvre qui me laissent sans mots.

Mon préféré est cependant un tableau franchement expressionniste, que je considère comme une extraordinaire réussite. Il s’agit de la composition photo-picturale «Hendrix» qui vous projette à la face avec une force inouïe dépassant largement une possible légèreté vintage, toute la fulgurance du célèbre guitariste, auteur-compositeur et chanteur américain des sixties. La représentation de cette étoile filante que fut Jimi Hendrix (1942-1970), façon quasi-mosaïque, le plongeant dans ces foules qu’il a contribué à faire vibrer, est impressionnante. Aussi ne puis-je vous conseiller de vite aller la voir avant qu’elle ne quitte la galerie comme le fit «Kate-rose». Certes, Cédric Bouteiller n’est pas le seul artiste exposé, mais reste tout de même unique en son genre. Cela ne m’empêchera bien sûr nullement de vous présenter cet autre excellent artiste exposé par la galerie qu’est

Xavier Spatafora.

Né à Nouméa, Nouvelle-Calédonie, en 1973, Xavier l’a quittée à l ‘âge de deux ans pour le sud de la France où il vit et travaille encore aujourd’hui à Villeneuve les Avignon et dans les Alpilles. Sur le site de la Galerie Gallifet d’Aix-en-Provence nous apprenons notamment que «Après avoir exploré de nombreuses techniques, c’est à partir d’affiches, arrachées en couches successives, que Xavier Spatafora travaille aujourd’hui. Sur le verso, là où l’on devine la trace du mur, il dessine au Bic noir les formes d’animaux en voie de disparition, des fruits de la nature, des mains tendues, des poings fermés. Le style est hyperréaliste (...). Dire la hantise du temps, l’impression de périssable de nos existences, de ce qui nous entoure, enfermer dans les plis et les strates, par dessus l’usure, la force (...) de l’empreinte de l’artiste» (2).
Ses splendides représentations animales que j’ai pu admirer à ce jour chez IN JOY, travaillées avec toute la précision d’un excellent artisan et observateur, sont en effet particulièrement admirables. Parmi elles, l’oeuvre la plus impressionnante est à mon avis son «Éléphant», ce qui ne remet d’ailleurs nullement en question la magistrale qualité de son très classique «Lion», ainsi que de mon préféré, son émouvant «Singe». L’expression et l’attitude de ce dernier sont tellement «humaines» qu’on ne peut manquer en être ému, sinon bouleversé.

Et autant pour ce qui m’a réellement enchanté, amis lecteurs! Qu’on me permette encore juste, avant de clore mon papier, de vous signaler que la galerie expose également d’autres travaux, comme ceux de Richard Orlinski et Semour, sur lesquels je ne m’attarderai pas, mais que je vous laisse, disons, en passant, découvrir à votre guise. Ne dit-on pas après tout: «Des goûts et des couleurs...»?

Giulio-Enrico Pisani

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1) Découvrir en détail la IN JOY Fine Art gallery et les artistes sur www.injoygallery.­com/ et www.facebook.com/injoygallery/

2) www.hoteldegallifet.com­/fr/p/126/xavier-spatafora

Donnerstag 20. August 2020