Jean-Pierre Kemmer, Fernand Koenig, Lou Koster, Laurent Ménager, Paul Sontag

Des trésors musicaux édités par le « Centre National de l’Audiovisuel » (1)

Grâce aux CD’s édités par le « Centre National de l’Audiovisuel », le public, ainsi que les professionnels ont l’extrême plaisir de découvrir ou de redécouvrir des compositeurs luxembourgeois, ainsi que des chanteurs luxembourgeois, des talents incontournables qui font désormais partie de la mémoire culturelle et artistique de notre pays.
Une mémoire impérissable qui a marqué des générations, qui est véhiculée à travers les décennies par des artistes prestigieux, des artistes qui bien souvent n’ont rien eu à envier, sur le plan de la qualité, aux artistes étrangers : Jean-Pierre Kemmer, Fernand Koenig, Lou Koster, Laurent Ménager, Paul Sontag.

Fernand Koenig

La dernière production du « Centre National de l’Audiovisuel » est consacrée à Fernand Koenig, brillant baryton, au vaste répertoire : chansons populaire luxembourgeoises (d’Edmond et Michel Lentz, en passant par Henri Pensis et Willy Goergen ou encore Dicks), œuvres de compositeurs luxembourgeois (de Lou Koster à René Mertzig), œuvres de compositeurs internationaux (Robert Schumann, Gabriel Fauré, Gustav Mahler, Carl Orff).

Pour qui a le privilège de visiter la maison de Fernand Koenig, située rue des Pêcheurs à Wiltz, partagée pendant des décennies avec sa charmante épouse Lydia, saisira que ce lieu de vie était en parfaite osmose avec le talent de l’artiste. Car en cette oasis de silence, calfeutrée dans une sorte de sous-bois romantique, les impulsions aux envolées lyriques ont été nombreuses.

Fernand Koenig est redevable à son grand-père, Pierre Koenig, de son amour inconditionnel pour la musique. Pierre Koenig, père de dix enfants, instituteur, organiste et choriste à Kehlen, a insufflé au jeune Fernand une passion immense pour les belles choses, en particulier les compositions de qualité.

Lorque Jhang Thill, président de la Chorale de Neudorf, fut rendu attentif à la voix du jeune Fernand Koenig, c’est au nom de tous les choristes qu’il introduisit une demande pour que le jeune garçon bénéficie d’un suivi au Conservatoire de Luxembourg. En parallèle à l’enseignement qui lui fut prodigué par Gustav Simon, Fernand Koenig apprit les bases du violon auprès de l’instituteur Molling à Bettembourg, l’alto auprès du professeur Tossberg et le piano auprès du professeur Truslit. En 1943, Fernand Koenig remporta un Prix de virtuose, avec grande distinction, ce qui entraîne le résultat qu’il eut la chance d’être engagé à l’Opéra National de Dresde. De braves luxembourgeois le cachèrent de l’occupant et il échappa ainsi aux tyrans de la Villa Pauly, ainsi qu’à la démolition de la Ville de Dresde.

L’Offensive des Ardennes remisée dans les mémoires, Fernand Koenig et sa jeune épouse, s’installèrent à Paris. Il entreprit alors des études au Conservatoire National des Arts et Métiers, études qui furent couronnées par un diplôme d’ingénieur-géomètre, son futur métier.

La musique et le chant, gravés dans l’âme en lettres d’or en lettres d’or, il fut surpris et son cœur s’emballa d’allégresse, lorsque le grand, le sublime Charles Panzéra, baryton et pédagogue suisse, déclara après l’avoir auditionné : j’ai voulu vous entendre, j’ai fini par vous écouter. Celui à qui Gabriel Fauré et Henri Duparc, les grands néoromantiques français, dédièrent des œuvres, devint le maître absolu de Fernand Koenig, l’ouvrant à bien des perspectives et horizons, dans l’art merveilleux et délicat du chant.

Madame Lydia Koenig conserve dans un coin secret de sa mémoire, des souvenirs imprégnés de nostalgie, mais d’une magnificence formidable, de la carrière artistique de son époux. Les participations de Fernand Koenig aux Salzburger Festspiele de 1958, 1959, 1962 et 1966, des moments inoubliables. L’oratorio de Noël de Bach, sous la direction de Diethard Hellmann à Mainz, une merveille, un Fernand éblouissant. L’interprétation de Carmina Burana de Carl Orff, à Dublin, avec des réactions immenses de la presse nationale et internationale, celle de l’Heure Espagnole de Maurice Ravel à Madrid, sous la conduite de Jean Fournet, du Freischütz de Weber, Salle Pleyel à Paris, sous la baguette de Marek Janow-sky.

Notre baryton national a enthousiasmé le public du Festival de Schwetzingen, du Festival des Flandres, du Royal Festival Hall de Lon-dres, du Wigmorre Hall de Londres, à Berlin, à Stuttgart, à Edinburgh, à Washington, dans des salles en Russie et aux USA, sans oublier les centaines de prestations nourries par des applaudissements… dans de très nombreuses localités de notre pays.

Sous l’impulsion de Guy Wagner, Fernand Koenig a enregistré son premier disque, le Voyage d’Hiver de Franz Schubert. Suivirent de nombreux disques, entre autres la Passion selon Saint Mathieu et des cantates de Jean-Sébastien Bach, la Belle Meunière de Schubert, Il Maestro di Cappella de Cimarosa, le Schulmeister de Teleman.
Les derniers récitals de l’artiste eurent lieu en 1992, avec des prestations elles aussi mémorables.

Le 5 décembre 2003, Fernand Koenig a tiré sa dernière révérence, pour rejoindre dans l’au-delà, les plus brillants artistes.

Le coffret « Fernand Koenig, Historesch Opname vun 1953 bis 1989 », publié par le « Centre National de l’Audiovisuel » comporte 4 CD’s. Sur le premier CD, intitulé De populäre Sänger, Lëtzebuerger Lidder : Blo Blimchen d’Edmond et Michel Lentz ; Vergissmeinnicht de Jos Spogen et Michel Lentz ; Zu Arel op der Knipchen du Blannen Theis ; d’Hechtercher aus der Stad de Vincent Scotto et Louis Petit ; Ech Hät gär gesongen de Lou Koster et Willy Goergen ; Meng Auer de Josy Meisch et August Liesch ; d’Lidd un d’Forellchen de Henri Pensis ; Um Stee ; He-cken a Beem vun doheem de Fernand Koenig et Tit Schroeder ; Erënnerung der Fernand Koenig et F. Meyer ; Sou a klenzegt Kannerlidchen ; Nuetsklack laut de J.P. Neuen et Willy Goergen ; Dem Wollef säi Plädoyer de Gérard Bintener et Sepp Thill ; Vu mengem Dieref d’Edmond Lentz et Michel Lentz ; Schlof Kendche schlof de Louis Beicht et Josy Imdahl ; Eng Kinneksrous de J.A Muller et Willy Goergen ; d’Mamm déi mech geléiert bieden de Michel Lentz… …Sur le deuxième CD, intitulé Lëtzebuerger Komponisten : Lieder de Norbert Stelmes sur des textes de R.M. Rilke : Lehr mich ein Lied ; Wo sind die Lilien ? ; Und du warst schön ; Frühlingsnacht ; Herbsttag. Lieder de Lou Koster sur des textes de H.L. Almers : Der heimliche Hafenklang ; Ich ruhe still im hohen grünen Gras. Lieder de Lou Koster sur des textes de Marcel Noppeney : Chantant tout bas ; Illusions ; Tournois ; Garde ton cœur encore. Lieder de René Mertzig sur des textes de Nic Weber, Camille Frieden, Robert Gliedner, Charles Baudelaire, Paul Verlaine et Théophile Gauthier : Dem Dichter ; Unzulänglichkeit ; Gesang für Jo ; Hymne ; L’heure exquise ; Ballade… Le troisième Cd comporte des oeuvres de compositeurs internationaux, tels Schuman, Fauré, Wolf, Busoni, Mahler, Ravel, sur des textes de Heine, de Mirmont, Goethe, Morand. Sur le quatrième Cd est proposée l’intégrale de « Carmina Burana » de Carl Orff.

Centre National de l’Audiovisuel 1 B, rue du Centenaire L-3475 Dudelange. Tél : 522424271. (e-shop : www.cna.lu / site : www.cna.lu ).

Michel Schroeder

vendredi 28 janvier 2011